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O - La rivière sans retour

Publiée le 11/05/2016

Multi instrumentiste formé à l’American School of Modern Music et compagnon de route de nombreux artistes français (Syd Matters, Fugu, Mina Tindle) depuis plus de dix ans, Olivier Marguerit publie son premier album sous l’appellation O. « Un Torrent, la boue » est une merveille pop où les sonorités synthétiques se frottent à des mélodies limpides et des textes très forts.

Quel a été votre parcours avant ce premier album ?
J’ai commencé tout simplement par faire de la musique avec des groupes, au lycée. J’avais souvent un rôle assez créatif : pas forcément chanteur mais compositeur. Je faisais toujours partir du noyau dur des groupes. Et puis j’ai commencé à jouer avec le groupe Los Chicros, au début des années 2000, où j’accompagnais les deux chanteurs. Autour des Chicros et de la maison où on vivait, s’est formé tout un réseau de groupes, avec notamment Syd Matters. Jonathan Morali a eu besoin de musiciens pour le suivre sur scène et j’ai fait partie de l’équipe qui a commencé à jouer avec lui. C’est là que je suis devenu un musicien qui accompagne différents groupes. Pendant une petite dizaine d’années, j’ai joué avec ces gens-là, sur disque comme sur scène. J’avais mis entre parenthèses ce que je pouvais faire de mon côté, je n’en avais même plus envie. À la fin de la dernière tournée de Syd Matters – où on s’est dit qu’on allait faire une pause parce qu’il avait un truc assez naturel qui se terminait entre nous – je me suis tourné vers tous ces bouts de chansons que j’avais. Je me suis dit que c’était peut-être le moment de les assembler dans mon coin.

Est-ce que ces différentes collaborations ont nourri vos propres chansons ?
Oui, dans la mesure où chacun des auteurs compositeurs avec qui j’ai travaillé avait ses obsessions. Et certaines ont teinté mon écoute ou mon regard. Quand je travaille sur un morceau, je peux parfois identifier soit dans un truc très positif soit dans un travers, lié à ces auteurs compositeurs. Je retrouve beaucoup de choses de Syd Matters dans ma façon de faire : on travaillait énormément les structures pour arriver à quelque chose de limpide, de façon à ce que les événements arrivent dans le morceau sans qu’on s’en rende compte, sans trop de rupture. C’est quelque chose qui est encore présent en moi quand je travaille sur mes morceaux.

Qu’est-ce qui a guidé votre choix au moment de piocher dans votre stock d’idées et d’ébauches de chansons ?
J’ai beaucoup de bouts de maquettes sur des disques durs mais je n’ai pas l’impression de m’être tant que ça servi des choses du passé. Je l’ai surtout fait au début. Au bout d’un moment, j’ai surtout essayé de construire quelque chose de vraiment nouveau, en fonction de ce que j’avais commencé à agréger.

La thématique de l’eau est comme un fil rouge qui traverse le disque. Est-elle venu après coup ou a-t-elle guidé votre écriture ?
C’est arrivé un peu après. J’avais déjà l’idée de la lettre O pour mon projet. À un moment, je me suis dit que ce nom pourrait évoluer à chaque album et s’écrire « Haut » puis « Eau ». J’ai vite abandonné cette idée de changer de nom, mais s’est ancrée en moi l’idée que chaque album pouvait avoir une thématique assez forte. Là, c’est la thématique de l’eau. C’était une façon de cadrer les choses sans pour autant être une prison. Je ne sais pas si je vais garder le concept à l’avenir mais il me semble que ça marche bien ici. D’autant qu’il y a quelque chose qui semble couler, dans les morceaux. Je pars toujours de la musique et j’ai envie qu’il y ait une narration dans la structure même de la chanson. Je veux raconter quelque chose avec la musique puis la faire interagir avec le texte.

Ces textes sont parfois en anglais, parfois en français. En fonction de quoi passez-vous de l’un à l’autre ?
Quand j’ai commencé à faire de la musique, vers 18 ans, j’écrivais tout en français. Ça me semblait normal. Après, j’ai fait partie de cette génération de groupes qui chantaient en anglais. On trouvait que le français sonnait mal et – à juste titre – que toutes nos influences étaient anglo-saxonnes. Quand j’ai commencé ce projet, O, c’était plus simple pour moi de manier la langue française, notamment parce que je ne suis pas très bon en anglais. Et puis ça correspondait au retour du français dans la pop hexagonale. C’était naturel. Mais je ne veux pas oublier l’anglais car c’est parfois dans cette langue que les choses me viennent. Même si j’ai l’impression que ce que j’écris en anglais est moins personnel.

Vincent Théval

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O - La rivière

Crédit Photo : © Frankie et Nikki

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