© Achile Avec Un L

Jasmine not Jafar, lauréates du Prix Public RIFFX – iNOUïS 2026 : un duo militant

 

Jasmine Not Jafar est un duo français de techno live qui bouscule les codes de la scène électronique avec une énergie brute, des synthés modulaires et des performances scéniques immersives. Porté par une démarche féministe assumée et une volonté de faire de la fête un espace de liberté, le projet mêle techno, électro, hyperpop et influences rave dans un univers aussi engagé que dansant. Sélectionné aux iNOUïS du Printemps de Bourges Crédit Mutuel 2026, le duo a remporté le Prix Public RIFFX-iNOUïs 2026, se distinguant par un concert intense où la connexion avec le public occupe une place centrale.

 

Racontez-nous votre parcours, votre rencontre et la formation de votre duo

Constance :
J’ai commencé la musique après le lycée. Je m’étais inscrite en IUT de communication, mais au bout d’un mois je me suis rendue compte que ce n’était pas ce que j’avais envie de faire. Je me suis alors dirigée vers la musique, car ça avait toujours fait partie de ma vie, avec le chant dès l’âge de 8 ans. J’ai alors intégré l’école de musiques actuelles Tous en scène, à Tours, où j’ai rencontré beaucoup de musiciennes et musiciens. J’ai pu être intermittente assez tôt, grâce à pas mal de concerts, et en 2018 je me suis tournée vers la création avec le projet « Thelma ». Entourée par quelques professionnels, ce projet m’a permis de comprendre le milieu de la musique, la façon de se structurer. Puis j’ai rencontré Manon via le collectif 78-80. On avait toutes les deux envie de faire de la musique entre femmes, alors on s’est lancées dans Jasmine Not Jafar après un an et demi d’expérimentation sur le son.

Manon :
Enfant, j’ai fait une école de musique, avec des cours de piano, d’accordéon et de chant. Au lycée, avec des copains, j’ai fait mon premier groupe de musique, qui a duré 6 ans, et avec lequel j’ai appris à faire de la scène, à me lâcher, à découvrir ma voix. Je suis ensuite partie en école d’ingénieur, avant de réintégrer un cursus de formation musicale au conservatoire de jazz à Lyon, puis à Angers. Au départ, je n’avais pas d’intention professionnelle, mais je jouais avec de plus en plus de groupes à l’esthétique soul, néo-soul, jazz, et j’ai pu devenir intermittente. En 2019, j’ai intégré l’école Jazz à Tours pour compléter ma formation. Post-Covid, je me suis tournée vers la musique électronique, en commençant à m’intéresser au synthé modulaire, et j’ai été sélectionnée par plusieurs dispositifs d’accompagnement, ce qui m’a beaucoup aidé. En parallèle, j’ai commencé à travailler sur le projet Jasmine not Jafar, ce que je fais à temps plein dorénavant.

Pourquoi ce nom, Jasmine Not Jafar ?

On avait envie de faire un clin d’œil féministe, avec un nom assez long, qui prend de la place sur les affiches, mais qui soit aussi léger et populaire. L’univers Disney réunissait tous les critères, ça parle à tout le monde, alors on a pris ce nom !

Comment décririez-vous votre musique et que cherchez-vous à transmettre ?

Si on devait la décrire en deux mots, ce serait électro-pop, car il y a un côté pop dans notre son avec la place donnée à la voix sur la techno. Et si on précise, on peut dire synthé modulaire et voix – les deux outils avec lesquels on travaille – avec une énergie puissante et un côté punk dans la façon d’approcher les choses. C’est une musique libre et fédératrice, une musique de fête, qui nous permet de nous lier au public.

On cherche avant tout la libération du corps à travers la danse, la liberté, la connexion. C’est émouvant de voir que les gens se sentent liés à nous, alors qu’on ne se connaît pas, de les voir danser et se libérer. Un de nos morceaux s’intitule justement « Dance Like Nobody’s Watching », ce qui résonne autant pour nous que pour le public, parce que nos textes sont militants et sincères, ce qu’on raconte est viscéral.

Quelles sont vos influences ?

On peut citer principalement Cobra, Charli XCX, Brooke Candy, H. Nico…, des femmes qui font des prods électro typées techno dans une esthétique club.

Comment travaillez-vous ensemble ? Quel est votre processus de composition ?

On travaille toujours toutes les deux. On écoute beaucoup de sons ensemble, on improvise sur les instruments, souvent à partir de morceaux qu’on ramène : une basse, une mélodie, un rythme… on commence aussi à beaucoup utiliser le logiciel Logic Pro. On discute, on écrit les textes ensemble.

Pour composer, on part généralement de la musique, avec un squelette de basses-batterie, puis on commence à chanter en impro, ce qui fait parfois ressortir des phrases, des sujets. L’inspiration peut être autant alimenté par des lectures, des films, des séries, toute sortes de choses. Petit à petit, on crée la matière, puis on sélectionne ce qu’on garde, et le morceau se dessine au fur et à mesure.

Dans nos textes, on parle beaucoup du patriarcat, de la libération de la voix des femmes, également de la façon dont elles sont invisibilisées, et de l’envie de se réapproprier le corps. Les sujets tournent principalement autour du féminisme et du féminin. On commence à aborder des sujets d’amour, des choses plus générales, mais toujours avec des ponts avec notre militantisme.

Comment s’est passé cette semaine à Bourges aux iNOUïS ? Qu’en retenez-vous ?

C’était une semaine hyper intense, hyper nourrissante, hyper surprenante et fatigante !

La coordination des interventions était très bien menée, c’était très intéressant de pouvoir échanger avec des personnes qui ont été plus loin que nous dans le métier, de parler des enjeux de notre projet, comment développer notre vision sur le long terme. L’étape de speed meeting permet aussi de rencontrer des professionnels (programmateur, label…) dans un autre cadre, l’enjeu est de voir s’il y a des envies de collaborer, or la classe verte nous donne les outils pour bien analyser les échanges.

Le partage avec les autres artistes sélectionnés était aussi très riche. C’est rare d’avoir ce genre de dispositif qui permet à des artistes qui en sont au même moment dans leur vie professionnel de se retrouver et d’échanger. On était dans une petite bulle, qui nous a permis de faire un gros pas en avant dans le milieu. Ça nous a donné une boîte à outils hyper précieuse pour la suite de notre parcours professionnel.

Et puis notre concert était vraiment super, on a eu la chance de clôturer la soirée du mercredi, c’était vraiment la fête, et pour nous c’était un de nos meilleurs concerts !

Que représente le Prix Public RIFFX-iNOUïS pour vous ?

Ce prix nous apporte une véritable reconnaissance. S’inscrire parmi les quatre lauréats des iNOUïS c’est hyper cool, ça fait du bien de se sentir appréciées ! Et pour nous, c’était le prix qui avait le plus de sens parce que nous avons justement envie de créer une communauté avec le public. Notre enjeu c’est de rencontrer notre public sur nos dates de tournée, et faire grossir la communauté autour de notre projet.

Vous avez des projets à venir ?

On sort un single le 10 juin, un EP en octobre, et on est déjà en train de travailler sur un album.

Mais le live reste la grosse activité de cette année. C’est comme ça qu’on a attaqué le projet, la musique enregistrée n’est arrivée qu’après, et cette année on a une soixantaine de dates. L’été va être bien chargé, et on a l’intention de le vivre à fond et de profiter de toutes ces opportunités incroyables qui s’offrent à nous !