Interview avec Didier Varrod, Directeur musical des antennes de Radio France

 

Dans le cadre de l’Hyper week-end Festival, RIFFX by Crédit Mutuel soutient la scène « Déjà demain » au Foyer C, et  permet à quatre jeunes lauréats du tremplin RIFFX de se produire. Rencontre avec Didier Varrod, directeur musical des antennes de Radio France.

 

Bonjour Dider. Pourquoi avoir créé la scène « Déjà demain » ?

Dans notre métier de la musique, nous sommes abreuvés de sons, de nouveautés, de sollicitations sur de nouveaux projets qui s’inscrivent dans le cadre d’une actualité. Mais il faut aussi penser à ce qui se passera demain. J’aime à dire qu’il faut toujours avoir un coup d’avance pour maintenir une scène locale forte et sans cesse renouvelée, car c’est une de nos singularités françaises, cela fait partie de notre exception culturelle.

C’est aussi une mission du service public d’être à la fois dans la mise en lumière du patrimoine et du matrimoine – ce que l’on fait par exemple avec l’Hyper Week-end à travers des hommages à Françoise Hardy ou Dalida – mais aussi de donner sa place à l’émergence d’aujourd’hui et à celle de demain, ce que fait Radio France avec ses cinq radios qui travaillent au quotidien sur la musique dans une optique de prescription et de découverte. A titre personnel, j’ai toujours eu cette volonté d’être à la naissance des projets. Bien sûr, il est malheureusement impossible de découvrir tout le monde et on passe parfois à côté de belles pépites musicales, mais c’est une mission de service public et surtout de passion que de pouvoir accueillir des artistes au tout début de leur carrière, cela crée une histoire particulière. Jeanne Added, Sage, Voyou, Barbara Pravi, ou encore Kids Return sont des artistes que j’ai aimé accompagner parfois dans mon travail d’animateur producteur pour France Inter et aujourd’hui pour d’autres à la direction musicale de l’antenne. Clara Luciani, Juliette Armanet, Eddy de Pretto, ont aussi débuté dans mon émission Foule sentimentale ; c’était « déjà demain » dans une émission de radio. J’essaie donc de le continuer à travers l’Hyper Week-end ce que je faisais dans mon émission.

Enfin, notre métier nous demande d’être en phase avec une offre artistique qui corresponde au public, ce qui implique d’être à la fois hier, aujourd’hui et demain. On ne peut pas se départir de ce qui s’est passé il y a 10, 20 ou même 40 ans, et les jeunes artistes sont souvent redevables de ce passé en faisant souvent des reprises. J’ai par exemple choisi Jeanne Bonjour, révélation RIFF, avec une reprise du Temps de l’amour de Francoise Hardy et Jacques Dutronc.

Pourquoi est-ce important pour Radio France de défendre la nouvelle génération d’artistes ?

Dans un univers de plus en plus formaté, le public a tendance à aller vers ce qui est le plus connu et reconnu, et cela s’est accéléré avec la mondialisation, la standardisation et la plateformisation de la musique. Par ailleurs, il y a de plus en plus de productions musicales, aussi est-il primordial d’offrir aux publics et à nos audiences, un service public de la prescription. Que ce soit Fip, France Inter, France Bleu, France Musique, ou encore Mouv, nous n’utilisons pas d’algorithmes mais nos oreilles, qui écoutent, choisissent, arbitrent. Nous sommes fiers de porter nos choix, qui parlent de notre relation au monde, et un festival comme l’Hyper Week-end, à travers l’émergence, propose un paysage musical de ce que nous pensons être le monde d’aujourd’hui et de demain.

Mais continuer à valoriser l’humain, plutôt que les algorithmes, est en soit un grand défi. Pour un programmateur il est perturbant d’avoir plus de 700 candidatures sur le tremplin RIFFX, avec d’un côté le choix des internautes, et de l’autre ce qu’entendent nos oreilles. Il faut choisir avec le cœur, et nos convictions : prendre aussi en compte l’investissement des artistes et de leurs communautés, tout en gardant une oreille sur des artistes qui ont parfois autant de mérite artistique mais n’ont pas encore réussi à mobiliser leur communauté.

Quelle est l’importance pour Radio France des tremplins avec RIFFX ?

La relation avec RIFFX s’est cristallisée et renforcée sur le tremplin « Chantez 20 ans en 21 », qui restera un des plus beaux souvenirs de ma vie car il s’est inscrit dans un moment de tragédie pour l’humanité avec la crise sanitaire, un moment de repli sur soi où la scène musicale était menacée. Avec RIFFX nous avons alors imaginé et inventé un dispositif pour mettre en valeur les jeunes artistes qui devait composer une chanson originale pour parler de la condition de la jeunesse dans ce moment si particulier et cela a véritablement scellé quelque chose.

RIFFX est donc bien plus qu’un partenaire, c’est comme un membre de la famille avec lequel j’aime monter des opérations pour valoriser la musique, car nous partageons les mêmes valeurs : mise en lumière des nouveaux talents, fidélité dans nos choix, connaissance des enjeux et de la difficulté à se faire connaitre en tant qu’artiste. En effet, dans le parcours du combattant qu’est la professionnalisation, un tremplin est une étape fondamentale pour asseoir son statut d’artiste, et plus encore quand ce tremplin permet à l’artiste de se confronter à un public. Ainsi nous accompagnons les artistes dans leur développement, pour qu’ils puissent faire face à la réalité de ce métier qui est d’abord d’être sur une scène, avec des techniciens qui travaillent le son, et devant un public. Une fois ce travail accompli, on redevient un membre à part entière du public et on voit si nos choix ont été bons ou moins pertinents, ce qui peut arriver, certains artistes se révélant moins prêts qu’on ne le pensait, quand d’autres, pour qui nous avions quelques doutes, nous épatent et touchent rapidement un public.

Comment avez-vous sélectionné les jeunes talents participants ?

Plusieurs critères sont à l’œuvre. D’abord il est nécessaire d’avoir une diversité dans les esthétiques musicales, avec des artistes dont les textes sont porteurs des valeurs qui sont les nôtres, celles du service public. Avec les déléguées musicales basées à Lyon, Strasbourg, Nantes et Bordeaux, nous travaillons aussi sur une diversité géographique, pour représenter la réalité des territoires et non pas uniquement des artistes parisiens. Enfin nous essayons d’observer au maximum la parité, sachant qu’il y a plus de candidatures de garçons que de filles, ce qui demande d’écouter et réécouter ce que les femmes nous proposent.

Le choix final est très compliqué, entre les choix des délégués musicales, les coups de cœur, et le grand tremplin RIFFX avec lequel on pourrait faire un an de programmation de festival ! Tout cela montre la vitalité de notre scène française.

Comment sont répartis les jeunes talents dans la programmation ?

La répartition se fait vraiment par instinct. On écoute les projets, évidemment quand on a pu voir les artistes sur scène il est plus facile d’imaginer l’interaction avec le public, et puis il y a les horaires à prendre en compte. Ainsi on essaye de raconter une histoire en fonction des artistes en présence et du jour de programmation. En général on commence de manière un peu acoustique et intime, pour monter en puissance ensuite. Mais cela dépend des jours, car les festivaliers sont différents le vendredi soir et le week-end, le dimanche étant encore différent. Il faut prendre en compte le biorythme du festivalier pour bien répartir la programmation.

L’accès à la scène est gratuit, c’est important pour vous de rendre l’évènement accessible ?

Radio France organise depuis toujours des concerts gratuits sur ses antennes et pour le public qui a la chance de venir à la Maison de la radio et de la musique. Un certain nombre de concerts sont cependant payants à l’Hyper Week-end festival, car l’investissement que demande la création nécessite une billetterie. Par ailleurs, il est important de proposer des spectacles payants pour que le public n’ait pas l’impression que la musique est totalement gratuite. En effet, l’arrivée des plateformes a induit dans un premier temps, un accès gratuit à la musique avec la pub, et induit une démonétisation de la musique contre laquelle il faut lutter en remettant de la valeur sur le travail des musiciens et des artistes interprètes. Mais en tant qu’institution de service public, nous devons aussi offrir des activités gratuites : masterclass, séances de cinéma, et bien sûr les concerts autour de la découverte, car il est toujours difficile d’amener le public vers des artistes qu’il ne connait pas.

Hyper Week-end Festival 2024

Hyper Week-end Festival 2024

26 janvier 2024 - 28 janvier 2024