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Rencontre avec Camille Doe

Lauréate du tremplin Tomorrowland Winter en 2022, RIFFX by Crédit Mutuel est allé à la rencontre de Camille Doe, qui se produira le 18 avril prochain au Printemps de Bourges Crédit Mutuel.

Que s’est-il passé pour toi depuis notre dernier entretien en 2022 ?

Depuis le tremplin RIFFX by Crédit Mutuel, il y a eu un travail de production studio et de sorties sur de beaux labels qui m’ont aidé à gagner progressivement en visibilité et en crédibilité. Avant, j’étais en totale autoproduction, or grâce au tremplin j’ai rencontré mon agent, qui m’a repérée sur cette date, qui a vu que j’étais déterminée, et grâce à qui je fais de superbes dates aujourd’hui.

J’ai sorti plusieurs sons : « Alright » sur Toolroom Records, qui a fait beaucoup de streams ; quatre sons en 2024 sur le label de Fatboy Slim, et un EP sur le label de UK Garage, ATW, cofondé par Interplanetary Criminal et Main Phase. Grâce à toutes ces sorties, j’ai été jouée par de nombreux artistes, assez emblématiques, ce qui m’a aidée à me faire connaître en dehors de France et avoir des dates en Europe. Depuis un an, je suis soutenue par Interplanetary Criminal, qui m’a invitée à jouer avec lui à Amsterdam, Berlin, Londres et prochainement Copenhague et Paris, et qui me permet de gagner en visibilité et crédibilité.

En 2025 j’ai aussi cofondé mon propre label : Triple G. Nous avons eu plusieurs sorties d’artistes anglo-saxons qui ont été beaucoup joués en festival cette année. C’est un plaisir d’être dans cette nouvelle aventure, plus axée autour de la production, du studio. J’aime autant produire que jouer, les deux se nourrissent mutuellement. Dans la sélection des artistes, on fonctionne beaucoup au coup de coeur, mais on va naturellement vers un genre de tech house assez « trippy ». On est naturellement attiré par un sous-genre qu’on est en train de créer, puisqu’il n’y a pas de catégorie « trippy tech house ». Ça reste de la musique pour s’amuser, d’où « trippy », tripper, s’amuser ; et tech house parce que ça reste des sonorités tech house, qu’elles soient modernes ou plus années 90-2000.

Comment ta musique a-elle évolué ?

Je me suis rendue compte que lorsque je commence une nouvelle composition, j’ai deux grandes tendances qui se distinguent : soit des morceaux assez minimalistes et punchy, soit au contraire des morceaux très joyeux, groovy, avec beaucoup de percussions et de samples hip-hop. Je vais tout le temps d’un extrême créatif à l’autre, et ça me fait beaucoup de bien, sans que je puisse l’expliquer. J’ai arrêté d’essayer de cérébraliser ce que je faisais, parce que dès que j’essaie d’orienter ma musique dans une direction ou une autre, je n’arrive à rien, ce n’est pas authentique.

Dans la plupart de mes morceaux, j’utilise les vocales comme percussions, c’est-à-dire que je vais les fragmenter en très petits morceaux pour les réassembler ensuite et créer un groove avec des voix.

Enfin la plupart du temps, j’imagine comment les gens vont danser sur mes morceaux. J’ai un lien très fort avec la danse, que j’ai pratiqué pendant une dizaine d’années quand j’étais adolescente. Alors quand je compose, je ferme souvent les yeux et j’essaie de danser, d’imaginer les mouvements du dance floor. Tout m’influence énormément dans le ressenti de ce que je compose. Si je sens que je ne pourrai pas danser dessus, alors je sais que je ne suis pas dans la bonne direction.

Que penses-tu de l’arrivée de l’IA dans la musique ?

Ça ne me fait pas peur parce que je ne pense pas qu’un ordinateur sera capable d’imaginer ce que je fais quand je compose, tous les petits travails de voix par exemple. Donc, je ne pense pas que l’IA pourra remplacer les artistes, la musique qui vient de l’âme, du cœur des artistes, c’est trop personnel.

Evidemment, il y a des logiciels d’IA qui permettent par exemple de produire des voix d’artistes, et qui font autant peur qu’ils sont extraordinaires… Je connais des artistes qui les utilisent, mais qui vont ensuite déformer, retravailler ce qu’a fait l’IA. On peut avoir de nouvelles idées qui émergent grâce à ça.

As-tu constaté une évolution concernant la place des femmes dans l’univers du DJing ?

Depuis la période post-Covid, période à laquelle je me suis lancée, je vois en effet une évolution dans la représentation des femmes sur les scènes électroniques. Nous sommes toujours minoritaires, mais il y a de moins en moins de line-up 100% masculin, sans doute grâce au travail des associations militantes, à la sensibilisation, à la parole des femmes qui se libère, mais aussi grâce au fait qu’il y a de plus en plus de femmes dans les équipes des labels, de distribution et de programmation. En revanche, côté producteurs, il n’y a quasiment que des hommes… C’est pour cette raison que j’ai lancé des cours sur la production sur la plateforme Twitch, gratuit pour les femmes et la communauté LGBTQIA+. Car il faut que les choses évoluent, et moi-même j’ai galéré pour apprendre la production, c’était long et coûteux.

Quoiqu’il en soit, et à titre personnel, je n’ai jamais été victime directement d’attaques sexistes, comme bon nombre de mes amies, et je me sens chanceuse de bénéficier du soutien d’artistes masculins déjà établis, dans le respect des échanges humains et créatifs. Pour produire, je vais souvent en studio avec des hommes, qui sont hyper respectueux. Donc, il y a aussi dans l’industrie musicale des hommes sincères et honnêtes dans leur envie de soutenir la scène féminine. En revanche, j’ai assisté à de nombreuses conférences sur le sujet et pu écouter les voix de femmes dont les histoires sont effrayantes, le combat continue.

Je me suis d’ailleurs posée pas mal de questions autour de la problématique du genre dans la musique, mais finalement je suis suivie et soutenue autant par des hommes que des femmes. C’est juste long d’arriver à vendre des billets, et ce qui change vraiment la donne c’est d’être soutenue par de gros artistes et avoir une proposition artistique forte, cette crédibilité va avoir un effet boule de neige sur les programmateurs et sur le public.

Quels sont tes projets actuellement ?

Je suis très contente de rejouer à Tomorrowland Winter en 2026. La dernière fois, j’avais gagné le tremplin RIFFX by Crédit Mutuel, c’était un accomplissement énorme car je faisais tout toute seule. Y retourner en 2026 en étant programmée pour mon projet et avec ma nouvelle musique, cela donne l’impression d’avancer, une grande de motivation pour la suite, un sentiment d’accomplissement.

J’ai aussi des dates prévues en Europe en 2026, et je continue à produire ma musique !

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