20 Jan
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Lauréat du tremplin Les Déferlantes 2025, Besufekad a eu la chance de jouer lors du festival. C’est l’heure de la rencontre avec RIFFX !
J’ai commencé à faire de la musique à six ans, parce que mes parents m’ont inscrit au conservatoire, sans que je sache de quoi il s’agissait. Jusqu’à la fin du collège, j’ai fait du solfège et de la batterie, pour laquelle je ressentais quelque chose de très fort quand j’en jouais. J’ai commencé également à écouter du rap français, avec Sexion d’Assaut. C’est le premier style que j’ai vraiment écouté, outre Michael Jackson et d’autres artistes américains que mon père mettait.
Vers 14-15 ans, j’ai quitté le conservatoire, pour me réorienter dans une structure associative de Perpignan, la Casa Musicale, qui s’adresse aux jeunes qui veulent faire de la musique urbaine. J’ai participé à des ateliers d’écriture et à des séminaires avec les rappeurs Gros Mo et Nemir. J’ai fait mes premières sessions studios avec Gros Mo, ce qui m’a immédiatement apporté une rigueur musicale. Sur les conseils de Nemir, j’ai pris des cours de chant pendant un peu plus d’un an, ce qui m’a donné de bonnes notions pour travailler. J’ai d’abord fait un duo avec une de mes amie, Gabriela Verena, qui est aussi dans le milieu de l’influence, et c’est ainsi que j’ai posté des vidéos de rap sur Instagram, ce qui m’a permis de me faire un peu connaître.
Peu à peu, Nemir nous a fait comprendre qu’il ne fallait pas hésiter à aller sur Paris pour s’épanouir musicalement. J’y suis donc allé à chaque vacances scolaires pour me faire des contacts, avant d’y emménager pour mes études supérieures. J’ai alors pris le nom de Besufekad, et je me suis tourné vers un style afro, parfois funk brésilienne, qui me correspondait plus, avec un univers plus construit, plus détaillé, moins Instagram. J’ai donc profité d’être à Paris pour m’affirmer et essayer de professionnaliser au maximum.
J’ai choisi le nom Besufekad, qui signifie « avec sa permission » en amharique (langue parlée en Éthiopie), car ce nom à un sens profond pour moi : toute ma vie a été guidée par une forme de destin bienveillant, une étoile qui m’a sauvé dès la naissance.
Ma musique est sincère, honnête, à mon image. Je déborde d’énergie, mais je sais aussi me calmer, être sérieux. Mes instrumentales sont très afro, parfois afro house ou brésilienne, donc ça bouge, mais on reste sur des paroles et des thématiques tristes, basées sur l’identité, sur l’amour et plus spécifiquement les amours déchus ; des thèmes assez tristes, mais le tout en dansant.
Au fond, on se ressemble tous d’une manière ou d’une autre, nous avons tous plus ou moins les mêmes émotions, les mêmes ressentis. C’est ce que j’essaie de dire à travers mes textes : celui qui souffre n’est pas tout seul et nous vivons tous ces moments-là. Il y a une unité à aller chercher dans une sorte de douleur commune. Et la souffrance n’est pas forcément grave, elle peut être légère, mais dans tous les cas c’est bien d’en parler à travers la musique, pour la dédramatiser.
J’écris les textes seul, en revanche pour la partie musicale je travaille principalement avec Hugo Toral, qui était d’ailleurs mon DJ aux Déferlantes. On se connait depuis très longtemps, on se côtoyait à l’école où on avait une classe d’écart, jusqu’à l’année dernière où suite à son stage au Wisseloord Studios à Amsterdam, il a rencontré des personnes que je connaissais. Il a été tellement surpris que des personnes du milieu de la musique connaissent quelqu’un de son village, qu’il m’a contacté. Depuis ce jour on fait tout ensemble, sous forme de sessions de travail. On cherche, on compose, on discute énormément, on essaie de définir la couleur qu’on veut donner, on se met d’accord sur l’inspiration, on écoute beaucoup de musique, parfois on regarde même des films. C’est comme ça qu’on a fait nos meilleurs sons, à la maison. En studio on met surtout nos maquettes au propre, mais la création pure se fait dans les endroits où on vit. Hugo fait aussi les mix et le mastering.
La création d’un son commence toujours par la prod, avec une base mélodique. Ensuite, on ajoute les percussions, on donne la couleur, le style. Puis on mets des samples, des instruments à vent… Une fois qu’on a une bonne maquette, je topline. Puis j’écris directement si je suis dans l’émotion, où alors on exporte le son et je me laisse un peu de temps pour ne pas bâcler l’écriture, faire d’éventuelles modifications.
Luidji est mon artiste français préféré. J’adore ce qu’il fait, il m’a même inspiré pour ma DA visuelle. Je suis très influencé aussi par Nemir et Gros Mo, parce que j’ai grandi avec eux et qu’ils ont fait évoluer ma musique.
Pour ce qui concerne l’écriture, même si je n’en fais pas, j’écoute beaucoup de rappeurs comme Booba, Beeby, STI, Alpha Wann…, car je trouve qu’il y a une certaine exigence au niveau du texte chez ses rappeurs, or à mon sens le texte est primordial dans un son.
Pour la partie mélodique, je dirais Hamza, Aya Nakamura, ou même sur la scène internationale Tems et Wizkid. Mais j’essaie surtout de me perdre, de chercher une couleur, une tonalité. Je vais sur YouTube pour trouver des sons très précis, par exemple tel type de musique qui se fait seulement à Abidjan, à Addis Abeba, à Yaoundé… Par exemple, pour notre morceau « Colorée », avec Hugo nous avons samplé les voix d’une chorale de lycéennes en Afrique de l’Ouest. J’essaie d’écouter tout ce qui se fait en Afrique et au Brésil, pour respecter ce style, et ne pas le faire grossièrement.
Je n’ai pas encore vraiment réalisé ! J’ai joué aux Déferlantes, et dès le lendemain à 10h je commençais mon job étudiant, à 35h. Je suis plongé dedans, alors quand je regarde les photos et les vidéos je n’en reviens toujours pas. Je suis de Perpignan, et Les Déferlantes était le seul événement musical qui avait lieu chaque année et dont tout le monde parlait. Quand un ami m’a envoyé le tremplin, j’y croyais à moitié, mais pourquoi ne pas tenter. Quand on m’a appelé pour m’annoncer que j’étais sélectionné, j’avais les larmes aux yeux, c’est une opportunité tellement incroyable, surtout pour un Perpignanais, c’est encore plus beau, plus symbolique ! Vivre ce moment en famille, dans la ville ou j’ai grandi, c’est une chance incroyable que m’a offert RIFFX by Crédit Mutuel. J’espère que ce n’est pas la dernière fois, mais en tout cas jouer sur la grande scène Des Déférentes, à la maison, à 21 ans, c’est complètement fou !
Sur scène c’était fabuleux. Ce jour là, j’avais énormément d’émotion, car cela représente l’accomplissement de mon travail, de tous mes sacrifices. Je suis donc monté sur scène au dernier moment, à cause du stress, et j’ai laissé Hugo et mes amis tout préparer et vérifier. Mais une fois sur scène, ce n’était plus que du plaisir ! Ce qui est drôle, c’est que j’avais l’impression que les gens partaient, alors que sur les vidéos – et mes parents me l’ont confirmé – on voit très bien que les gens arrivent de plus en plus. C’est très gratifiant, parce que c’est compliqué de jouer à 18h, pendant la canicule, sachant que personne ne me connait vraiment. C’était un pari, on l’a relevé, et pour le dernier son mes potes sont montés sur scène, on a fait sauter le public, il y avait tous les âges, c’était marrant.
C’est une énorme expérience, à tous les niveaux. D’abord c’est une expérience scénique, ensuite une expérience au niveau de l’organisation, de la gestion des aléas, du stress, et enfin une expérience en termes de contacts. Quand j’étais sur scène, j’ai vu Oli qui regardait mon show avec mes potes et mes parents. On a discuté ensemble à ma sortie de scène, ce qui aurait été impossible sans le tremplin ! J’ai pu échanger aussi avec Kaaris, qui avait sa loge à côté de la mienne.
Suite à mon passage des personnes se sont intéressées à mon travail, car Les Déferlantes est un festival prestigieux. J’ai augmenté mon nombre d’abonnés et d’auditeurs sur les réseaux, j’ai reçu plein de messages, des gens sont venus me parler quand je me baladais sur le festival. C’est super !
Quelques mois avant j’avais eu l’aide de la SACEM, tout cela prouve que des personnes du milieu valident ce qu’on fait, qu’on n’est pas à côté de la plaque.
Merci et continuez à donner leur chance aux jeunes artistes, parce qu’on a en vraiment besoin !
On va sortir de nouveaux sons à la fin de l’été, un single fin août, et peut-être un petit projet surprise vers septembre, octobre !
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