25 Août
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Le Crédit Mutuel donne le
au Hellfest !
Cette année encore, la tranquille Clisson s’est muée en antichambre de l’enfer du 19 au 22 juin, pour le plus grand plaisir des amateurs de musiques extrêmes. Durant ce weekend, les habitants n’hésitent pas à ouvrir leur porte aux festivaliers à la recherche d’un peu plus de confort qu’au camping. C’est ainsi que sans se connaître, et depuis des coins éloignés de la France, Wassim, Enzo et Julien ont partagé le même toit à deux pas du château de Clisson. Les voici qui confrontent leurs expériences.
Leur âge et leur milieu social diffèrent, mais leur passion les rassemble. Chaque petit-déjeuner devient l’occasion de revenir sur la soirée passée, les concerts qui ont mis tout le monde d’accord ou ceux qui suscitent des débats. « C’est ma troisième édition à la suite » raconte Wassim, ophtalmologue à Paris, « et je suis toujours aussi content de venir. Je déconnecte totalement, et le format festival me permet de découvrir les concerts à mon rythme. » Julien, qui opère en sécurité informatique à Belfort, abonde : « je viens depuis 2022, et c’est toujours un plaisir. Avec l’habitude, il n’y a plus le même effet ‘wow’, mais j’aime voir les petits changements chaque année. » A côté d’eux, l’alternant brestois Enzo fait presque figure de néophyte : « même si c’est mon troisième Hellfest, c’est la première fois que j’arrive à avoir un pass pour les quatre jours. C’est même la première fois que je fais un weekend entier de festival ! »
Tous sont unanimes sur l’expérience unique proposée par le Hellfest, ne serait-ce qu’avec son immense site. « Certains critiquent le côté parc d’attraction » explique Julien, « mais je trouve génial qu’il y ait autant de décoration. J’aime surtout la statue à côté du stand Kingdom Of Muscadet, assez morbide mais qui me fascine. Moi qui viens de Belfort, je vais souvent aux Eurockéennes, qui se tiennent au milieu d’un lac superbe. Mais le Hellfest a l’exclusivité du lieu, ce qui leur permet plus de folies ! »
Cette ambiance sombre contraste avec la bienveillance de son public. « On peut immédiatement faire ami avec ses voisins en attendant le prochain concert » poursuit Julien, « tout le monde est accueillant, même si dans un tel monde il y a toujours quelques idiots. » Wassim, venu avec son frère, confirme ce sentiment : « Il y a de tous les âges et de tous les styles. On peut arriver habillé n’importe comment, personne ne fera de remarque. »
Un public chaleureux dans une météo qui l’était tout autant, si ce n’est plus. Devenu légendaire pour certaines éditions sous la pluie, le Hellfest 2025 a quant à lui subi un soleil de plomb. « Chaque utilisation de la lance à incendie sur le public était une bénédiction » se rappelle Enzo. « Ça n’empêche pas le plaisir » précise Julien, « mais j’ai bien senti que faire des pogos sous 40 degrés était plus compliqué. Je l’ai bien vu le dimanche, où la température a enfin un peu baissé, et le public était bien plus réactif. »
Bien sûr, chacun venait surtout pour les concerts, avec ses propres attentes. Julien avait repéré plusieurs noms à ne pas manquer. « Il y a des groupes où je savais que je n’allais pas être déçu, comme Airbourne, Rise Of The Northstar qui ont été extraordinaires, Whitechapel ou Korn. Mais j’ai aussi adoré faire quelques découvertes, comme le groupe de post-rock Russian Circles ou les punk Refused, et surtout Freak Kitchen. Je pense aussi à Jinjer, un groupe ukrainien auquel je n’avais pas accroché en les voyant une première fois, et que j’ai étonnamment trouvé excellent ici ! »
Wassim partage certains de ces coups de cœur, dont Jinjer ou Korn : « j’étais sorti mitigé d’un de leurs concerts l’an dernier, et j’ai trouvé leur prestation au Hellfest largement meilleure. Ils ont joué leurs morceaux les plus fédérateurs, ça a mis une super ambiance. » Sa meilleure découverte reste le loufoque quintet allemand Electric Callboy, en clôture du premier soir. « Ce n’est pas ce que j’écouterais chez moi, mais le mélange techno metalcore était parfait pour la fin de soirée ! »
Du même avis sur ce groupe, Enzo partage également avec Wassim un souvenir ému du passage de Satchvai, formation qui réunit les guitar heroes Joe Satriani et Steve Vai. « Moi qui joue de la guitare, j’avais deux de mes idoles réunies face à moi » s’extasie Enzo. « Et même une troisième un peu plus tard avec John Petrucci de Dream Theater [fleuron du metal progressif] ! » Venu se laisser porter par les découvertes, le jeune breton avait néanmoins repéré ses rendez-vous, dont les trois sœurs mexicaines de The Warning, qui jouaient le vendredi à 15h. « J’avais découvert quelques semaines plus tôt, et je me suis dépêché de quitter la maison pour ne pas les louper. Et j’ai bien fait ! Moins metal et plus rock, mais avec une énergie énorme, j’ai adoré. J’aimerais les revoir sur un format plus long. »
Faire plusieurs éditions, c’est également retrouver certains groupes. Wassim était ainsi ravi de revoir The Hu et sa fusion entre musique traditionnelle mongole et metal. « Il y a deux ans, ils jouaient en Temple et maintenant les voilà en Mainstage ! Je suis heureux de voir leur évolution, d’autant que leurs morceaux ont progressé également, ils ont ajouté des solos, des improvisations. Ils sont devenus un grand groupe ! » Le groupe séduit un public toujours plus large, à l’image d’Enzo : « Je n’en connaissais rien, j’ai vu arriver ces musiciens avec des vêtements fous et des instruments magnifiques. Et j’ai aimé du début à la fin ! »
Toutes ces bonnes expériences ont aisément rattrapé certaines déceptions. Ainsi, Wassim a été peu convaincu par la performance des légendaires Scorpions. « Je ne sais pas si c’est l’âge, mais le groupe avait malheureusement peu d’énergie. Ils n’arrivaient pas à établir de connexion avec le public. » D’un avis similaire, Enzo préfère retenir le positif. « J’avoue que je ne connaissais que leurs ballades, je ne savais pas que leur style était aussi énervé. Et j’ai été bluffé par la voix de Klaus Meine, les années l’ont totalement épargnée. Donc j’ai quand même passé un bon moment. »
Dans d’autres cas, c’est la présence même du groupe qui interrogeait. On peut ainsi penser aux artistes sulfureux, comme Bård Eithun, batteur du projet Emperor et coupable d’un meurtre homophobe dans les années 90, ou encore Lindemann, projet du charismatique chanteur de Rammstein. Depuis 2023, ce dernier est ainsi accusé d’avoir abusé sexuellement plusieurs fans, recrutées directement parmi le public des concerts. Ainsi, Julien et Wassim ont préféré se tenir à l’écart de ces groupes. « Et j’aurais fait pareil pour Falling In Reverse » poursuit le second, « leur concert était très bon, mais si j’avais réalisé que j’avais face à moi un chanteur auteur de propos violemment transphobes et surtout condamné pour violences conjugales, je pense que je me serais abstenu. » Enzo, quant à lui, a préféré ne pas bouder son plaisir devant ce même groupe « même si je comprends que d’autres ne puissent pas cautionner. »
Ces présences polémiques étaient, heureusement pour eux, assez rares pour ne pas gâcher le plaisir. Mais dans d’autres cas, la perplexité reposait sur des critères purement artistiques. Et dans cette catégorie, c’est bien Muse qui a suscité le plus de débats. « J’aime le groupe, mais pour moi il n’était pas à sa place » expose Julien. « Écouter des groupes plus éloigné des musiques extrêmes ne me dérange pas le reste de la journée, j’ai par exemple beaucoup aimé Last Train. Mais le fait que Muse prenne une place de tête d’affiche me gêne. Je n’ai pas payé pour ça. »
Ses deux colocataires du festival n’ont pas le même avis. Pour Wassim, « les têtes d’affiche sont celles qui vont faire venir le public, donc pas forcément les plus extrêmes. Mais dans le cas de Muse, ils ont toujours exploré plusieurs styles de rock, y compris le metal. Moi qui suis fan du groupe, j’ai trouvé que le concert trouvait très bien sa place dans le festival : ils ont privilégié leurs titres les plus intenses, et leur incroyable présence scénique a fait le reste. » Enzo a lui aussi été convaincu : « je ne comprends pas cette critique, pour moi c’était parfaitement adapté. Une seule chose m’a gêné : les problèmes de son en début de concert. »
En revanche, les trois festivaliers tombent d’accord sur le cas Cypress Hill, figure du rap des années 90 et collaborateur de Deftones ou Rage Against The Machine. Car il semble que le groupe se soit moins adapté que Muse. « Si je viens au Hellfest, c’est pour vivre des lives, voir des musiciens jouer ensemble » explique Enzo, « donc voir des gens chanter en playback me parle assez peu. J’ai trouvé d’autant plus étrange qu’ils ont attendu la fin du concert pour rapper sur des morceaux plus rock. Autant commencer par là ! »
Enfin, un autre groupe était attendu au tournant : Linkin Park. En 2016, le suicide de son chanteur Chester Bennington avait choqué le public metal. Beaucoup redoutaient ainsi le retour des patrons du nu metal avec une remplaçante en la personne d’Emily Armstrong. N’ayant jamais vu le groupe auparavant, les trois festivaliers arrivaient avec une oreille fraîche. Pour Julien, « le show était très maîtrisé, et je trouve qu’elle s’en sort très bien. Mais il faut admettre que l’entendre sur les anciens morceaux est étrange, même si elle a l’intelligence de ne pas essayer d’imiter Chester. » Wassim partage ce point de vue : « elle a vraiment assuré sur les titres de l’album sorti cette année, moins sur le reste. Et puis ils prenaient souvent de longues pauses. Ils avaient annulé un concert deux jours plus tôt pour raison de santé, donc peut-être que l’énergie n’était pas au mieux. » Ces arrêts n’ont pas gêné Enzo, « ça m’a même permis de souffler un peu, parce que le public autour de moi était très intense ! Quant à la chanteuse, j’avais écouté plusieurs live avant de venir, donc j’ai peut-être été moins brusqué par le changement. En tout cas, j’ai adoré le concert ! » Après tout, ils n’étaient pas venus pour être d’accord, mais bien partager un moment intense. Et l’objectif a été parfaitement rempli.
Antoine Gailhanou
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