An Pierlé : Strange Days

Splendide retour d’An Pierlé avec ces jours étranges qui résonnent comme un album fait pour nos jours solitaires. Splendide retour aux sources également puisque la Belge a, cette fois, laissé voguer le White Velvet vers d’autres horizons. Dépouillée donc de ce groupe dont elle s’était adjoint les services depuis quelques temps déjà, elle s’est réinstallée devant son piano classique et a tricoté « Strange Days » en solo, comme à ses débuts, à fin des années 1990. Hormis quelques arrangements d’orchestre, ça et là, et un passage de chœurs court comme un clin d’œil, c’est donc un piano-voix qu’offrent ces onze nouveaux titres.

Lyrique comme toujours, grandiloquente, simple et complexe à la fois, An Pierlé se taille la place d’une Tori Amos dans le cœur et les oreilles. Son beau jeu de piano est aussi narratif que sa voix incroyable. Le premier est un décor riche, un support solide qui semble pourtant avoir sa propre vie, un complice essentiel capable de la suivre en la poussant encore plus loin. La seconde, habitée, osée, dotée d’une tessiture très large, navigue toutes voiles dehors et passe les vagues avec une aisance propre aux grandes interprètes. L’envergure dans tous les sens du terme. An Pierlé chante comme on parle, avec les intentions dans chaque syllabe et les émotions au bout de chaque son. Et l’intimité qu’elle sait installer entre l’auditeur et ses chansons confère l’instinct de penser : « ce disque est le mien ». Il ne se partage pas. Mais il se conseille.

Marjorie Risacher

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