Gesaffelstein : Techno sans concession !

Gueule d’ange et techno d’enfer, Gésa pour les intimes est l’une des claques de cette année pourtant riche en excellents albums frenchy. Portrait.

Nous sommes à la soirée de clôture des dix ans du festival lyonnais « Les Nuits Sonores ». Au contrôle, deux DJs. Le premier, The Hacker, pourrait être le papa du second, Gesaffelstein. Leur ping-pong (un titre chacun) cloue l’assistance au plafond tant l’immense hall vrombit sous les basses et les assauts répétés du beat. Une techno martiale mais terriblement groovy emmène haut le public.

Rencontres au sommet

Ces deux-là ont tout pour s’apprécier. The Hacker est une légende, discrète, de la scène électronique française depuis près de vingt ans. Basé à Grenoble, il est le fondateur du label Goodlife et a toujours défendu une techno sombre inspirée de Detroit et de Berlin. La route de Mike Lévy (alias Gesaffelstein) croise celle de The Hacker en 2008, date à laquelle il sort son premier maxi sous son pseudo. Suit alors de nombreux maxis, dont le tube Viol (sur le label Turbo du Montréalais Tiga) et surtout de remixes (magnifique repassage au noir du Blue Jeans de Lana Del Rey) qui vont attirer sur lui les projecteurs. Son physique de mannequin, sa maîtrise du deejaying mais aussi une vision assez radicale de sa musique l’amèneront en une de nombreux magazines musicaux français et étrangers. Il n’a pas encore sorti d’album et déjà tout s’emballe.

Écurie de luxe

La rencontre avec Brodinski va marquer un tournant décisif dans sa courte mais intensive carrière. Le Rémois vient de fonder le label Bromance avec Manu Barron. Ils lui proposent de rejoindre l’écurie parisienne qui compte déjà Brodinski, Club Cheval ou Birdy Nam Nam. On a connu pire comme compagnons d’étable de mixages ! Durant un an le Lyonnais parcourt les plus grands clubs de la planète, peaufine son live et se consacre à la production de son premier album. Entre temps il collabore à un titre sur le dernier Kanye West, fait copain-copain avec Skrillex et, surtout, travaille…

Discrétion et maîtrise de carrière !

« Aleph » son album est sorti ce mois-ci et devrait être logiquement classé dans le top 10 des albums techno de 2013. Chose assez étonnante car ce « Aleph » n’est pas à mettre entre toutes les oreilles. Fans d’Avicii passez votre chemin ! C’est dark et moite, ça colle aux baskets, mais l’ensemble est d’une rare cohérence et d’une belle intensité. 2014 devrait confirmer sa place prépondérante au devant de la scène techno malgré sa grande timidité. Arrivera t’il à concilier rigorisme électronique et succès populaire ? Un cas d’école. Les derniers à y être arrivé étaient les Daft Punk.

Willy Richert

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