Musique et politique : courte histoire de la protest song écolo

 

Prenant notamment racine dans les luttes sociales des années 1960, la culture des chansons de protestations en faveur d’une révolution écologique a essaimé, décennies après décennies, dans tous les genres du spectre musical. De Pete Seeger à Gorillaz en passant par Björk, courte histoire de la protest song environnementale.

S’il est possible de dater des morceaux ou des chants ayant trait à la ruralité ou à la nature bien avant les années 1960, cette décennie (et les luttes sociales qui l’accompagnent) aura servi d’accélérateur en accouchant d’une profusion de chansons contestataires pour une révolution écologique, tout en lui conférant son acception commune : celui de la protest song. Avant d’atteindre le point de non-retour du dérèglement climatique, la protest song écolo tient avant tout son origine dans le folk et la contre-culture, mais aussi dans les mouvements anti-guerre, l’effroi provoqué par la course à l’armement nucléaire et l’industrialisation galopante, causes directes de catastrophes climatiques.

À ce titre, Pete Seeger, pionnier du genre et mentor de Bob Dylan, s’était illustré dès 1966 avec son album God Bless the Grass (littéralement “Dieu merci pour lherbe”), avant d’être suppléé par Joni Mitchell ou Neil Young, puis par la déferlante rock quelques années plus tard, à l’instar du sublime Surf’s Up des Beach Boys en 1971. Concomitamment à la création de l’ONG Greenpeace, pour laquelle des artistes folk se sont engagés dans le cadre d’évènements caritatifs, la musique des années 1960 et 1970 est un espace d’expression privilégié, à la fois porte-voix et vecteur des luttes écologiques naissantes.

Dans les années 1970, par l’intermédiaire de l’explosion du cadre restrictif du folk au profit d’autres genres tout aussi contestataires – mais aussi de l’urgence grandissante autour des thèmes écologiques – le R&B, les multiples sous-genres du rock, puis, dans un second temps, le rap, s’emparent de ces sujets à des degrés plus ou moins radicaux. Aux confluences des luttes sociales (notamment pour les Africains-Américains), Marvin Gaye consacrera l’un des plus beaux morceaux de l’indépassable What’s Going On à l’écologie (Mercy Mercy Me (The Ecology)), avant que d’autres ne lui emboîtent le pas. Parmi eux, des artistes aussi variés que REM, Depeche Mode, U2, Talking Heads, Michael Jackson (dans le cadre de sa Heal The World Foundation) ou des groupes plus radicaux tels que les Dead Kennedys ou The Clash.

Si l’approche initiale des protest songs vertes a permis de faire entrer très tôt – à un moment où il était encore possible d’agir concrètement et d’endiguer le réchauffement climatique – les luttes écologiques dans le débat public et l’imaginaire collectif, la disparition de contre-cultures puissantes a empêché les successeur·es de cette tradition musicale d’avoir un poids politique concret.

Entre deux morceaux d’indignation molle, certain·es artistes, parfois engagé·es dans des mouvements comme Music Declares Emergency ou soutenant des causes comme celle de Sea Shepherd, tentent, tant bien que mal, de résister à la dilution du pouvoir évocateur de la musique et des contre-cultures dans les luttes sociales et écologiques. Des grands noms s’y sont essayés, comme Billie Eilish (All the Good Girls Go to Hell), Radiohead, Björk, The 1975, Gorillaz (l’album-concept Plastic Beach), Childish Gambino (le fiévreux Feels Like Summer) ou plus récemment Pomme, en France. Reste à savoir si, à l’instar de leurs aînés, ces prises de positions politiques et musicales, récentes et à venir, pourront servir d’éco-carburant aux luttes d’aujourd’hui et de demain.

 

Les Inrockuptibles