30 Mar
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Dans les jeux vidéo, la musique ne se contente pas d’accompagner l’action : elle guide, surprend, amplifie les émotions du joueur. Pour ce troisième épisode de notre série sur le rôle central de la musique dans l’univers du jeu vidéo, on a rencontré Fanny Rebillard, commissaire d’exposition de Video Games & Music, qui ouvrira ses portes à la Philharmonie de Paris le 2 avril.
Quand on pense à la Philharmonie de Paris, on pense d’abord musique classique et concerts symphoniques. Pourtant, l’institution est loin de se limiter à un seul répertoire. Du 2 avril au 1er novembre, elle proposera, pour la première fois, une exposition dédiée aux musiques de jeux vidéo. L’objectif de ce projet est clair : célébrer l’innovation musicale dans le jeu vidéo et montrer que cette musique fait partie de notre patrimoine culturel contemporain. Pour relever ce défi, les équipes de la Philharmonie se sont entourées de spécialistes. C’est ainsi que Fanny Rebillard, musicologue, archiviste numérique, et surtout, gameuse de longue date, a été sollicitée. Et pour elle aussi, cette aventure est inédite.
Issue d’une famille de musiciens, Fanny Rebillard s’est très tôt intéressée à la musique de jeux vidéo. « Quand on me demandait ce que j’écoutais je me disais : c’est vrai que je ne peux pas le définir, « musiques de jeux vidéo » ça ne veut pas dire grand chose. Et puis j’ai rencontré des personnes qui achetaient des disques de musiques de jeux […] Tout ça a convergé et, à la fin, ça a contribué à éveiller un intérêt, une envie d’aller plus loin vis-à-vis de ces musiques », se souvient-elle. En 2008, bac en poche, elle entame une licence de musicologie à la Sorbonne. Et là, c’est la révélation : « C’est vraiment quand j’ai découvert qu’on pouvait étudier le rock à la Sorbonne que je me suis dit : si on peut étudier le rock, ça veut dire que je peux étudier la musique de jeux ! ». En master, elle consacre son mémoire au rôle de la musique dans Zelda. En 2017, elle poursuit ses études avec un master à l’Enssib (École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques) pour se spécialiser dans l’archivage numérique. En parallèle, elle écrit des articles pour des médias spécialisés (notamment jeuxvideo.com, Canard PC, Gamekult.com) et poste sur Twitter, sous le nom de Cactuceratos, des fils de vulgarisation où elle partage anecdotes et analyses sur la musique de jeux vidéo, notamment sur Zelda, dont l’étude lui a permis « de voir l’évolution des différentes politiques chez Nintendo au fil des années sur l’édition et la préservation de leurs musiques et la valorisation de leur patrimoine ».
[Thread] C’est que ça fait longtemps ! Et si on commençait un thread de mini-anecdotes musicales sur la série Zelda ? En effet j’ai récemment lu quelque chose d’intéressant sur Ocarina of Time : saviez-vous que la berceuse de Zelda dissimulait… une Triforce ? 😀 pic.twitter.com/zG4eJMucxW
— Fanny Rebillard (@Cactuceratops) May 3, 2020
En 2021, elle franchit une nouvelle étape en publiant chez Third Éditions La musique dans Zelda : Les clefs d’une épopée hylienne. « C’est une musique à laquelle je reviens toujours, même si j’ai eu des petites indigestions, parce que quand on écrit un livre sur Zelda, ça veut dire se refaire tous les épisodes et écouter toutes les musiques en boucle pendant plus de 6 mois », plaisante Fanny Rebillard. Et c’est avant tout ses connaissances sur cet univers qui lui ont permis de se faire connaitre dans le milieu. Son nom a ainsi naturellement circulé jusqu’aux équipes de la Philharmonie, au moment où celles-ci recherchaient des experts pour concevoir l’exposition Video Games & Music.
En tant que commissaire, Fanny travaille notamment avec le journaliste Jean Zeid et les équipes de la Philharmonie à la sélection des œuvres à présenter. Car l’enjeu est avant tout musical : il ne s’agit pas simplement d’exposer des jeux vidéo, mais de retracer l’histoire d’un répertoire longtemps resté dans l’ombre. Ainsi, le choix s’organise autour de grandes thématiques plutôt que de titres précis. « Par exemple, on se dit que ça pourrait être bien d’aborder la question des jeux musicaux, ensuite on fait des listes de jeux et on discute : est-ce qu’il vaut mieux montrer Sound Voltex, Dance Dance Revolution ou Guitar Hero ? »
L’exposition fera bien sûr la part belle à des classiques intemporels, comme le premier Mario Bros sur NES, « parce que sa musique est la plus connue au monde », mais elle mettra aussi en lumière des jeux plus récents dont la musique a largement dépassé les frontières du jeu vidéo. C’est le cas de Clair-Obscur : Expedition 33, dont la bande originale, composée par Lorien Testard et interprétée par la soprano Alice Duport-Percier, est entrée à la 29e place du Billboard 200, une performance rare pour un album issu du jeu vidéo. Un phénomène que Fanny Rebillard a observé de près : « On avait été contactés par eux avant que le jeu sorte et on était déjà en discussion pour mettre le jeu dans l’expo, mais le fait qu’il rencontre autant de succès et remporte autant de récompenses, ça a été assez décisif ».
Tous les jeux aux musiques emblématiques ne sont pourtant pas faciles à exposer. « Par exemple, c’est difficile de parler de musique de jeux vidéo sans évoquer Final Fantasy. Le problème c’est qu’on ne peut pas mettre un jeu de rôle qui se termine en 70 heures au milieu d’un salon, les gens vont y passer trop de temps et bloquer les files », souligne la musicologue. Malgré ces contraintes, l’exposition proposera « une très grande variété de contenus » et tissera des liens avec différents genres musicaux, car la musique de jeux vidéo n’est pas un genre en soi et se nourrit de tous les styles. « Il y a autant du rap que de l’imitation d’opéra à l’italienne ou de valse viennoise, rappelle Fanny Rebillard. De quoi surprendre et intriguer même ceux qui n’ont jamais touché une manette.
Anouk Labylle
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