Musique & Jeux Vidéo ÉP.6 : Avec Cairn, la chanteuse Gildaa s’essaie pour la première fois aux jeux vidéo

 

En 2025, Gildaa décroche le Prix du Jury aux iNOUïS du Printemps de Bourges Crédit Mutuel. Un an plus tard, l’artiste franco-brésilienne a déjà sorti un premier album, rempli la Cigale et signé la bande originale du jeu vidéo CAIRN. Pour ce sixième épisode de notre série sur la musique de jeux vidéo, elle revient sur son parcours et raconte ses premiers pas dans l’univers vidéoludique.

Née à Paris d’une mère brésilienne, chanteuse de bossa nova, et d’un père percussionniste, Camille Constantin Da Silva se découvre très tôt une passion pour le violon, un instrument qu’elle pratiquera pendant dix ans. Elle se tourne ensuite vers le théâtre et intègre, en 2012, la « Classe Libre » des Cours Florent. Trois ans plus tard, elle entre au Conservatoire National d’Art Dramatique de Paris. Jusque-là, pas question pour la comédienne de chanter devant un public. Elle préfère écrire des pièces de théâtre et imaginer des mises en scène pour les autres. « Et un jour, on m’a mise devant la scène », se souvient-elle. C’est là qu’est née Gildaa, son alter-ego. « Je me suis dit que j’allais assumer la musique, mais que juste moi, ça n’allait pas être très intéressant. C’est Gildaa qui va le dire. C’est Gildaa qui va le faire », explique-t-elle. Le nom lui est venu comme une intuition, sans explication immédiate. Ce n’est que plus tard qu’elle découvre le film éponyme, puis une figure du folklore brésilien du Nord, « une femme de la nuit, sorte de gitane ». « Tout communique, se réjouit l’artiste. C’est cohérent. »

DES DÉBUTS PROMETTEURS

En parallèle, Gildaa construit patiemment son premier album. Pendant quatre ans, en indépendante, elle façonne un objet qui refuse délibérément les codes de la musique actuelle, mêle le français et le portugais, mélange différents styles et histoires, notamment de famille. Stromae, Salt, Ella Fitzgerald, Etta James, Michael Jackson, Jacques Brel ou encore Djavan… Ses influences sont larges, parfois contradictoires, mais toujours très assumées. « J’avais toutes les formules magiques en tête pour faire un album beaucoup plus mainstream, mais j’avais envie qu’il soit à l’image du moment où on l’a créé », affirme la chanteuse. L’album GILDAA est dévoilé début mars 2026, un an après que son auteure a remporté le Prix du Jury aux iNOUïS du Printemps de Bourges, rendez-vous incontournable pour les artistes émergents.

« J’AI LA DALLE, J’ADORE FAIRE PLEIN DE TRUCS »

Si les iNOUïS du Printemps de Bourges Crédit Mutuel ont permis à Gildaa d’obtenir la reconnaissance des professionnels de la musique, c’est deux ans plus tôt, lors d’un concert-hommage à Etta James dans un club de jazz parisien, qu’elle est repérée pour participer à la composition d’un jeu vidéo. Dans le public ce soir-là, la collaboratrice d’une productrice de jeux vidéo, qui travaille justement sur un nouveau projet. Quelques jours plus tard, elle lui écrit. « Elle me dit qu’ils cherchent une compositrice et une voix pour le personnage principal du jeu », se souvient Gildaa qui a accepté sans la moindre hésitation. « C’est une expérience de fou ! J’ai la dalle, j’adore faire plein de trucs différents. Je m’ennuie vite, j’ai besoin de faire plein de choses », reprend-t-elle.

Pendant un an et demi, et alors qu’elle travaille encore sur son album, elle compose pour CAIRN, un jeu développé et édité par The Game Bakers, dans lequel le joueur incarne une alpiniste déterminée à être la première personne à atteindre le sommet du mont Kami. Sur ce projet, Gildaa travaille en étroite collaboration avec une figure de la musique électroacoustique, le compositeur Martin Stig Andersen. « C’est vraiment mon opposé, il est très pondéré et très précis. Moi, quand je suis avec des gens comme ça, ça me donne envie de faire plein de conneries », plaisante-elle. En studio, la méthode est organique : il branche tout, elle joue. Ils écoutent ensemble, prélèvent des fragments, font des arrangements, puis recommencent. « La direction musicale du jeu, c’est lui. La composition, c’est moi », conclut la chanteuse dont la voix insuffle une présence humaine, presque intime, à cette bande originale électronique et contemplative.

JEU VIDÉO ET LIBERTÉ

Ce qui fascine Gildaa dans l’exercice du jeu vidéo, c’est précisément ce que la musique traditionnelle lui interdit : la durée, la transformation lente, le motif qui se déploie sur la longueur. Dans un jeu vidéo, « un motif peut être étendu, transformé, tordu sur 25 minutes de composition », là où la pop impose des formats courts et des durées négociées. Deux espaces de création radicalement différents, qu’elle habite l’un après l’autre avec la même curiosité. L’expérience l’a suffisamment marquée pour qu’elle réfléchisse déjà à la suite : elle rêve d’un jeu centré sur le personnage de Gildaa, avec une enquête, des indices à trouver, des secrets de famille à révéler. « J’aimerais trop […] mais ça ne sera pas du tout pour maintenant », admet l’artiste. Pour l’heure, elle se concentre sur son deuxième album, un projet qu’elle annonce « plus tranchant, plus assumé ».

 

Anouk Labylle