Sebastien Tellier

Sebastien Tellier : il a vu la lumière !

Tellier est un ovni ! Après avoir évoqué la famille, la politique et la sexualité dans ses quatre derniers albums, il revient épris de visions surnaturelles. « God is blue » évoque sa notion de foi et son rêve d’une société tolérante où le laid serait beau, le tout habillée d’une électro-pop 80’s ambitieuse qui fait de lui le chouchou des branchés. Rencontre hallucinée avec le provocateur le plus doux de la planète bleue.

RiffX: On ne sait pas comment débuter cette interview : par le fond (le concept) ? ou la forme (la musique) ?

Sébastien Tellier: Je suis avant tout musicien. La musique permet de projeter de nombreux concepts jusqu’au cerveau. Moi, j’ai besoin de savoir quoi jouer devant mon piano, d’avoir une ligne directrice. Pour cet album, c’était l’éveil, la spiritualité et la foi. Il me faut un sujet qui me donne envie de créer. Tout sujet est intéressant mais je ne suis pas sûr qu’un volet roulant me motiverait pour composer ! Tous les concepts ne sont qu’au service de ma musique : la musique est le maître et les mots leurs esclaves !

RiffX : Vous trouvez qu’il n y a pas assez de religions, pour en créer une nouvelle ?

ST : C’est juste une vision de ma foi ! On parle de manière très négative des religions alors que pour moi elles ne sont que tendresse. J’ai fait une chanson qui s’intitule « Pepito bleu« , le fondement de ma pensée c’est du biscuit, c’est rassurant, c’est du plaisir. L’idée est de replacer l’imaginaire et la création au centre de la société. Les religions au départ sont des préceptes de savoir-vivre ensemble. Ce qui bien c’est que le boulot est prémaché, il y a des gens qui ont pensé pour nous avant…

RiffX : Vous allez créer l’Alliance Bleue, un mouvement autour de cet album. Il y a même un site internet, que va-t-on y trouver ?

ST : Ce sera le premier rendez-vous des fidèles. Ils répondent à un questionnaire de personnalité. Je les accepte ou non, selon leur imaginaire, leur capacité créatrice. Ensuite on se retrouve à mes concerts. Mais je veux aller au-delà : je veux qu’on dîne ensemble, qu’on se retrouve dans ma loge avant les shows. L’idée c’est aussi de créer une société alternative, dans un village à la campagne ou dans le désert californien. Tout est possible ! Je veux passer du virtuel à la réalité et qu’on teste, grandeur nature, la notion de liberté.

RiffX : Parlons musique : il y a un côté très cinématographique dans votre musique…

ST : J’ai toujours fait une musique qui permet de s’échapper. Quand on écoute mes disques on est jamais dans son environnement, jamais dans son salon ou dans sa voiture mais dans mon univers. Et puis ma musique est répétitive, il n’y a pas beaucoup de paroles, mes textes ne sont pas toujours compréhensibles pour que l’auditeur puisse créer son propre univers. Je fais de la pop planante, quoi !

RiffX : Pourquoi n’avoir co-écrit qu’un seul titre avec Guy Man (moitié de Daft Punk) ?

ST : J’aurai adoré travailler avec lui sur tout l’album comme sur le précédent, « Sexuality », mais j’ai promis à mes fans de toujours me renouveler, de ne jamais refaire la même chose. J’ai toujours dit que je changerais de personnalité à chaque disque. Et c’est vrai je change tout : je change d’appart, je change de voiture, je change de matériel musical, de vêtements. Je leur ai fait la promesse de toujours les divertir !

RiffX : Pensez-vous que les adolescents vont comprendre votre démarche ?

ST : Bien sûr, car je les aime ! J’adore cette période de la vie ! J’en suis un moi-même. De toute façon, à partir du moment où un artiste cesse d’être un ado il est mort ! Il doit sortir un best-of et s’en aller !

RiffX: Vous n’avez pas peur à l’heure du Politiquement correct de vous faire taxer de sectaire ?

ST : Les gens qui vont s’intéresser à ma démarche vont se rendre compte que c’est une douce provocation qui ne blesse personne. N’oubliez pas que dans l’Alliance bleue je suis votre maman. Une maman n’est jamais agressive, elle est là pour vous aimer !

Willy Richert