Têtes Raides. Toujours engagés

Après Corps De Mots qui proposait l’an dernier un florilège choisi de poètes, Têtes Raides revient à ses propres textes. Du moins à ceux de Christian Olivier, le chanteur et représentant du groupe. À l’image de l’homme, les mots sont engagés, intègres mais également sensibles et teintés d’une lueur d’espoir sous quelques traits d’humour. Du clair-obscur relevé par des rythmes et un patchwork de genres musicaux. Parce que comme son titre l’indique, Les Terriens est un album qui ne s’embarrasse pas des frontières.

Cette année vous fêtez vos trente années d’existence ?

Au mois d’avril, oui. Ça fait un petit bout de chemin. Au moment des toutes premières notes je ne savais pas si je voulais vraiment faire de la musique. D’ailleurs je ne sais toujours pas si je vais en faire ou pas. C’est le treizième album studio si l’on compte le précédent Corps de Mots. Douze si l’on compte les albums plus standards de création signées entièrement par nous.

Vous n’avez jamais peur que chaque album soit le dernier, qu’un jour vous n’ayez plus envie ?

Je ne me pose pas la question, je me lance juste dans l’écriture. Parce que les albums, ça commence tôt. Par exemple, là, je ne sais pas s’il y en aura un prochain mais je suis déjà en train d’écrire alors que le dernier est tout juste sorti. Au début je ne sais même pas si ça va être des chansons, j’ai des bouts, des phrases, je bidouille des choses. Hier j’ai relu un truc par exemple, et il y a en effet un petit quelque chose mais je ne sais pas sous quelle forme ça va se transformer.

Vous avez toujours été éclectique, mais « Les Terriens » force encore le trait avec des textes de tons et de factures très différents, des musiques d’influences diverses…

C’est vrai. Ce n’est pas pensé au départ, on avait seize titres, on en a mis douze sur l’album et les quatre laissés sur la touche sont différents aussi. On passe d’une ballade à un titre très rock, un blues, un ska… ce n’est pas un parti-pris mais un résultat. J’ai l’impression que l’on a fait un tour de tout ce que Têtes Raides avait déjà pratiqué en styles, mais peut-être en un peu plus poussé. Pour le titre générique Les Terriens par exemple, on avait déjà flirté avec le blues mais c’est sûrement la première fois que l’on en fait un vrai à ce point.

C’est également un album qui a quelque chose de lumineux, dans les textes, le son, les rythmes. Cette fois vous n’aviez pas envie de noirceur ?

Il y a quelque chose de lumineux oui, sur scène ça se ressent aussi. Il y a une forme de distance et un certain humour. C’est un peu plus léger. Puis même quand je prends un thème comme celui traité dans La Tache, à savoir les fascistes, ce qui n’est pas des plus drôles, j’essaie de mettre du rythme dans la musique et d’utiliser des mots un peu moqueurs, avec des gimmicks. Je n’aurais jamais mis cette chanson dans l’album si elle avait été trop grave, trop lourde. Ça m’aurait déchiré. Dans ce disque-là, il y a de l’espace, j’avais envie de respirer. Même à travers le son : on n’a pas utilisé de cuivres cette fois, pas de cordes… À certains moments cela paraît un peu vide pour « du Têtes Raides », mais ce vide a sa place. Et ça en revanche c’était un parti pris. Hormis un titre, j’ai tout écrit à la guitare et je voulais garder cette sensation de thèmes plus légers. Je suis très mauvais guitariste, alors évidemment un vrai guitariste est arrivé pour tout rejouer ensuite. Mais je tenais à aérer.

Il y a une chanson en anglais : Bird. Ce n’est pas une première chez vous mais c’est toujours un peu incongru et à la fois totalement assumé.

De toutes les façons, vu mon niveau d’anglais je ne peux pas faire autrement que d’assumer ! Ce morceau je ne l’ai pas du tout pensé en français. Il sort tel quel, j’ai la première phrase When I was a girl, I was not a boy, je ne pense même pas à la traduction, la phrase naît comme ça. C’est une manière de dire des choses faussement naïves, de jouer avec la langue et les erreurs de syntaxe, de jongler avec mon accent à couper au couteau… chanter I’m lucky, I was a bird c’est impossible en français. Cela ne prend plus du tout le même sens dans ma bouche.

Propos recueillis par Marjorie Risacher

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Têtes Raides – Les Terriens – Teaser N°5