The Light In You. Au pays des Rev

Ce sont sept années de silence qui ont pris fin avec la sortie « The Light In You ». Les Américains de Mercury Rev sont donc revenus, faisant naître l’espoir que leurs fulgurances exceptionnelles marquent à nouveau l’histoire des discothèques personnelles de fans. Un retour en demi-teinte mêlant réjouissance et déception.

C’est en 1998 que le chanteur Jonathan Donahue, le guitariste Sean Mackowiak (dit Grasshopper) et le génial bassiste et producteur Dave Fridmann signaient leur chef d’œuvre. Cette année-là leur quatrième album « Deserter’s Songs » sortait Mercury Rev de l’ombre underground pour se révéler comme l’un des groupes majeurs et influents de la période. Véritable succès salué par les professionnels et le public, leur lyrisme concurrençant celui de The Flaming Lips (dont Donahue fut guitariste et Fridmann producteur), mettait tout le monde d’accord. Malheureusement la suite de l’histoire ne suivit qu’une phase ascendante. Il y eut bien « All Is Dream » (2001) et surtout le beau « Secret Migration » (2005), mais aucun de ces deux albums ne confirmèrent le succès indiscutable ou le talent inspiré. La planète musicale commençait à faire la moue. La déception, même injuste pour le second, remplaçait les louanges. Mais la chute s’avéra complète avec l’inutile et incompréhensible « Snowflake Midnight » sorti en 2008 après le départ de Fridmann. Un mythe s’effondrait alors dans des effets grandiloquents et sucrés à l’extrême qui n’arrivaient pas à cacher la pauvreté de l’écriture. Ensuite ce fût le silence. Et même les aficionados ne croyaient plus à un retour tardif.

Retour au pays des rêves ?
C’est pourtant le cas aujourd’hui avec « The Light In You » sorti en octobre. Ce huitième album est une belle surprise tant on ne l’attendait plus. Mais également parce que le titre d’ouverture The Queen Of Swans sonne comme des retrouvailles depuis longtemps espérées. Dès les premières notes, on se replonge une quinzaine d’années en arrière, quand Mercury Rev savait encore nous balader dans des paysages oniriques et lyriques sans tomber dans l’excès de glucose. De cordes en cuivres, on se balance dans les premières chansons avec nostalgie et ravissement. Nous sommes loin des inspirations uppercuts de « Deserter’s Songs » mais les plages se succèdent sans que l’ennui ou la déception prennent le pas. Et peut-être que l’on ne fait vraiment qu’un seul album de génie dans une vie. Il y a en tous les cas un bonheur à retrouver la voix de fausset si identifiable de Donahue, un plaisir à déambuler dans ces ambiances orchestrales, semi-baroques, irréelles, à la fois enfantines et inquiétantes. Arrivé au quatrième titre, Central Park East, on serait même prêt à exulter tant il se révèle d’une hauteur savoureuse, avec à la clé une reverb magnifiant la solitude du promeneur narré. Après une autre chanson passable, puis une seconde inutile, Autumn’s In The Air reprend joliment les choses en main en plantant un décor élégant entre le féerique et l’hanté, majestueux, symphonique.

Réveil douloureux
C’est après que tout s’effondre. Mercury Rev rate sa dernière partie d’album comme on glisse sur une marche lors d’une montée de tapis rouge. Sunflower, par exemple, est non seulement un titre incompréhensible, mais arrive même, à coups de rythmes en force et de cuivres démonstratifs, à en devenir inaudible. Moth Light s’englue dans un doucereux agrémenté de chœurs insupportables et d’une ringardise peu intéressante. Quant au Rainy Day final qui sonne comme une caricature, il pousse le grotesque à un pseudo flow hip-hop soudain et pathétique.
Cette dernière partie indigne du groupe américain suffira à faire oublier la magie de la première moitié et c’est avec amertume que l’écoute de The Light In You se clôt. Parce que les trois ou quatre titres majeurs qui s’y trouvent auraient pu signer à nouveau un grand album de Mercury Rev. Parce que le gâchis immense ne s’explique même pas. Le duo Jonathan Donahue et Sean Mackowiak venaient pourtant de prouver qu’ils avaient encore une lumière au bout des notes.
Alors on y croit encore. Et on vient déjà à espérer un neuvième album.

Marjorie Risacher

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