Bertrand Belin, écrivain

On connaissait Bertrand Belin pour ses disques, qui comptent parmi les meilleurs publiés en France ces dix dernières années. On peut désormais le trouver en librairie, avec Requin, un premier roman étonnant qui n’est pas sans liens avec ses chansons.

Depuis 2005, Bertrand Belin a enregistré quatre albums, qui ont connu un succès croissant, à mesure que s’affirmaient une personnalité et une écriture très singulières. Son dernier album, « Hypernuit » a d’ailleurs reçu le Grand prix du Disque de l’Académie Charles Cros en 2010. Dans la chanson, peu de gens manient la langue française comme lui, qui voue une grande admiration au poète Christophe Tarkos (1963-2004) et a collaboré avec l’écrivain Éric Reinhardt, sur la chanson Postulons (2008). Il y a dans les disques de Bertrand Belin une force littéraire dont on imaginait bien qu’elle pourrait s’épanouir sur d’autres formats, sans autre musique que celle des mots.

De la chanson au livre, il n’y a qu’un pas
Requin est comme un prolongement du travail de Bertrand Belin. Il emprunte son titre à l’une des chansons de « Parcs » (2013) et son principe narratif à une autre chanson du même album, Peggy, où il chantait : « La dernière fois qu’on nage, une chose est sûre, me dit souvent Peggy, on ne le sait pas ». La voilà, l’étrange intrigue de Requin : un homme est en train de se noyer, dans le contre réservoir de Grosbois, un lac artificiel. Le roman décrit cette noyade, suit le fil des pensées d’un homme renvoyé à différents épisodes de sa vie, désolé de finir ainsi, qui lutte puis lâche prise.

Belin écrivain
Porté par une écriture d’une précision redoutable et un beau un sens de la formule (« Nous avons tous beaucoup d’occasions de mourir. Cela ne demande pas souvent beaucoup d’investissement ni trop de logistique »), Requin est saisissant : Belin y exerce un sens de la répétition, du découpage et du rythme qui font glisser son récit sur un fil tendu entre le tragique et une drôlerie à la fois noire et candide. On rit beaucoup, en dépit de l’issue fatale. Car pour une fois, ce n’est pas trop en dire que de l’écrire : à la fin, il meurt. Au début aussi.

Vincent Théval