29 Août
Votre navigateur actuel n'est pas compatible avec RIFFX ! Nous vous conseillons d'utiliser un autre navigateur comme Chrome ou Firefox.
De retour en force chez les audiophiles, de la vieille école comme de la nouvelle, le vinyle traîne ses vieux démons hérités du siècle dernier : ceux d’un impact écologique significatif, qui pose la question de la soutenabilité de sa renaissance.
Platines dépoussiérées et crissements familiers du diamant rencontrant le sillon du 33 tours ressuscité, en une décennie le vinyle a opéré sa renaissance. En 2024, ce sont plus de 6 millions de disques qui ont été vendus (deux fois plus qu’en 2018) et, pour la première fois depuis les années 1980, le chiffre d’affaires des ventes de vinyles en 2024 a dépassé celui de la vente de CD. Si ce retour en grâce montre un renouveau dans les habitudes de consommation des fans de musique, la nostalgie induite par ces galettes de 33 et 45 tours ne saurait faire oublier les problématiques inhérentes à leur fabrication : héritière du pétro-capitalisme, l’industrie du vinyle est toujours aussi polluante qu’au moment de sa création.
Même sans tenir compte du coût écologique lié aux transports et aux emballages, selon Radio France l’industrie du vinyle a généré plus de 2000 tonnes de dioxyde de carbone en 2022, soit l’équivalent de l’empreinte carbone de 500 personnes pendant un an. À cet impact s’additionnent évidemment les problèmes liés à la matière première : représentant 43 % de la composition d’un disque vinyle, le PVC est en partie composé de pétrole et classé parmi les matières les plus polluantes de la planète.
Dans ce contexte, entaché par des scandales écologiques d’envergure comme celui de la TPC (Thai Plastic and Chemicals) en Thaïlande et rapporté par le chercheur du MIT Kyle Devine dans son ouvrage Decomposed : The Political Ecology of Music, l’industrie du vinyle peut-elle faire sa révolution verte ? Non seulement elle le peut, mais, en l’absence de contre-modèle plus vertueux, elle le doit. À titre de comparaison, le streaming, mode de consommation privilégié de la musique dans le monde, fait encore plus figure de mauvais élève : l’écoute prolongée d’un disque en streaming peut consommer jusqu’à 27 fois plus d’énergie que la production d’un vinyle (qui remplit, à terme, le même rôle). La faute à des fermes de serveurs extrêmement polluantes.
De la même manière que l’industrie du streaming fait face à des problématiques écologiques urgentes, celle de nos galettes préférées planche déjà sur des solutions à long terme pour réduire l’impact écologique de sa production.
Du côté des majors, Sony et Universal Music se sont donné pour objectif la neutralité carbone d’ici à 2050. En essayant toujours de concilier son engagement militant et la musique pop, Billie Eilish a elle aussi tenté de contourner l’utilisation du PVC en proposant des vinyles aux composants biosourcés pour la parution de son dernier album en date Hit Me Hard And Soft. Les plus inventifs et radicaux apportent d’ores et déjà des solutions concrètes, comme le rapporte le magazine Tsugi avec le cas de Ninja Tune, qui s’est tourné vers le vinyle bio à base de canne à sucre de l’entreprise Evolution Music ; d’autres encore ont abouti à des résultats probants avec des restes d’huile de cuisson (Seabass Music) ou d’algues (l’usine M comme Musique à Rennes).
Mais, comme souvent, l’innovation technique et technologique ne saurait se substituer à une responsabilisation des différents acteurs de l’industrie et de ses consommateurs. Une certaine idée de la sobriété que les plateformes de streaming sont loin d’être prêtes à incarner : en finir avec le culte de l’objet et passer à une logique d’achat raisonnée, favoriser une consommation aussi locale que possible (ou en circuit court), continuer de faire pression sur les acteurs les plus polluants de l’industrie. En somme, rompre la boucle nostalgique qui enserre l’industrie du vinyle avec ses vieux démons pour faire de nos disques rétro des objets résolument tournés vers le futur, désirables à la fois pour nous, et pour l’avenir de la planète.
Les Inrockuptibles
Les administrateurs de RIFFX examinent les contenus avant de valider les publications des utilisateurs afin de déterminer s'ils enfreignent les consignes de la communauté. Les comptes sont pénalisés pour les violations de ces consignes et peuvent être résiliés en cas de répétition. Ne faites pas de fausses déclarations. L'utilisation abusive de cette procédure peut entraîner la suspension de votre compte ou des poursuites judiciaires.