Mogwai. Le renouveau

Avec leur huitième album « Rave Tapes », Mogwai semble cette fois avoir presque totalement abandonné les longues plages aux larsens de guitares. Leur perfection froide est toujours de mise, leur son particulier est encore présent, mais c’est au bénéfice de constructions sonores où les synthétiseurs prennent les rênes.

On le savait, le virage était pris depuis deux ans et les fans semblaient plutôt ravis du renouveau nécessaire. Mogwai se muait déjà sur leur dernier album studio, « Hardcore Will Never Die, But You Will ». Et la planante B.O. que les Écossais signaient pour la série TV Les Revenants enfonçait allègrement le clou. Ces coutumiers des guitares affolées et affolantes, leur post-rock qui alternait sans discontinuer les mers calmes et les tempêtes, leurs shows au niveau sonore étourdissant, tout cela se transformait.

Planant

Encore plus cinématographique, leur musique se fait à présent langueur, et les longs développement planants se taillent la part belle. Les mélodies sont toujours obsédantes mais les explosions se sont faites rares. Souvent central, le synthétiseur devient le chef d’orchestre du groupe, lui conférant un côté krautrock qui laisse les guitares en périphérie.

Pourtant « Rave Tape » sonne encore comme un galop d’essai, comme si le perfectionnisme du quintet ne laissait pas totalement la bride sur le cou de leurs montures. On devine les envies et les idées, on y trouve même des perles précieuses. Le cotonneux titre d’entrée (Heard About You Last Night) met d’emblée le pied à l’étrier du lent contemplatif, rejoint plus tard par d’autres plages de délicate finesse. Avec pour summum le très réussi Blues Hours, où Stuart Braithwaite ose donner de la voix. Le Mogwai délibérément et presque continuellement instrumental pourrait d’ailleurs glisser à l’avenir sur les pentes de la chanson que cela ne serait pas très étonnant. Pari tenu.

Mogwai trouve sa voix

Le vocal apparaît encore sur deux autres titres, mais de manière moins étonnante de leur part (et déjà tentée auparavant) : The Lord Is Out Of Control au vocodeur un peu lancinant et gadget, Repelish qui intègre le drôle de discours d’un prédicateur sur les dangers du rock. D’autres morceaux accrochent et retiennent l’oreille, comme Murdered, l’efficace single sorti en amont de l’album. Ou Hexon Bogon, l’une des rares chansons rescapées aux guitares plus présentes, mais à l’odeur bien sage de ce que pouvait être le Mogwai d’antan.

Perfectionnisme et ambiances froides

Malheureusement, au milieu de ces solides piliers neufs, se nichent quelques passages totalement dispensables (le raté Simon Ferocious, le soupirant Master Card…) où l’on s’ennuie en pensant au talent gâché. Le perfectionnisme des Écossais a toujours flirté avec des ambiances froides, mais cette fois le dénivelé du genre ne fait pas de cadeau. Parce que si une guitare reste hypnotique dans les répétitions moroses, les sons synthétiques savent cruellement y appuyer sur l’accélérateur du désintérêt.

Mais Rave Tape n’en est pas pour autant un mauvais disque, loin s’en faut. Il restera même deux ou trois titres qui, même s’ils ne marqueront pas comme certains du « Mr Beast » de 2006, se réécoutent en boucle avec un plaisir indéniable.

Il restera un album curieux qui annonce le meilleur à venir.

Marjorie Risacher

Découvrir :
Mogwai – The Lord is Out of Control

Son Lux : Bones

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