Muse : Drones

Muse avait promis de revenir avec un septième album plus proche du power trio de son début. Voilà donc chose faite. « Drones » sonne en effet comme un retour aux sources perdues depuis le « Black Holes And Revelations » de 2006. Il était temps que la bande de Matthew Bellamy entende les soupirs des fans qui se perdaient dans leurs expérimentations pop et synthés depuis trois albums, même si, malgré les critiques, les stades n’ont jamais désempli face aux prestations live.
« Drones » se révèle d’ailleurs bien plus qu’un recueil de titres puisqu’il s’agit d’un album concept anti-militariste, suivant la non-empathie, l’endoctrinement, les doutes puis l’humanisation retrouvée d’un soldat pendant une guerre que l’on devine se décliner au futur proche. Clairement séparée en deux parties (la première plus heavy et brute de décoffrage, militarisation oblige), ce dernier-né présente tous les ingrédients passés de la recette Muse. Des vocalises époustouflantes de Bellamy aux constructions progressives en passant par les riffs redoutables, on en ressort pour les trois-quarts peu étonné mais satisfait. Les influences sont toujours très présentes, à commencer par celle, incontournable, de Queen. Mais cette fois, Muse semble avoir joué à s’auto-plagier (Mercy, Reapers, The Handler…). Mais quand le groupe se répète dans la bonne période on est plutôt adepte du pardon rapide, d’autant plus que certains moments de grâce retrouvée redonnent envie d’écouter l’album en boucle. À commencer par The Globalist, épique titre de plus de dix minutes qui, à travers la montée et la chute d’un dictateur, se trace une route qui déambule dans des paysages fous, grandioses, majestueux selon le moment de l’histoire narrée. S’entamant à la Ennio Morricone, se poursuivant en rock aux guitares déchaînées, se terminant par un piano solennel et très classique, le morceau est une démonstration majeure de tous les talents des Anglais. Muse reste magistral, insupportablement pour certains, extraordinairement pour d’autres. Deux interludes dont un sous forme d’un discours de JFK, un rock symphonique qui a su retrouver un lien plus frontal avec l’auditeur, une dernière plage en harmonies vocales a cappella digne des prières d’église, tout ou presque se construit à la perfection. Et si l’on fait abstraction de deux plages plus faibles mais nécessaires à la narration, Drones est bel et bien l’album des retrouvailles. Enfin !

Marjorie Risacher

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Muse – The Handler

Crédit Photo : © Danny Clinch