The Magic Whip. Quand Blur relance la machine

La planète musicale a tremblé en apprenant la nouvelle : Blur sort un nouvel album douze ans après le précédent. « The Magic Whip » est non seulement totalement inattendu mais il voit également la reformation complète du quatuor en studio. Un disque événement donc qui ne doit le jour qu’à une date de tournée annulée et un Graham Coxon (guitariste de la formation) pugnace et réhabilité.

Le moins que l’on puisse dire c’est que les infirmations et les confirmations sont allées bon train pendant la dernière décennie. Lors de la sortie de « Think Tank » en 2003, on apprenait l’éviction de Graham Coxon, Blur devenant soudainement un trio. Tout de suite après il a fallu avaler les déclarations de Damon Albarn annonçant finalement l’arrêt définitif du groupe. Mais en 2008, nouveau coup de théâtre. Les Anglais décident de se reformer mais uniquement pour des concerts malgré les déclarations contradictoires et les rumeurs annonçant un album à venir. En 2012, nouvelle mort de Blur annoncée, le concert clôturant les jeux Olympiques à Hyde Park devant être leur dernière apparition. Mais rien n’y a fait puisqu’ils se sont retrouvés sur les routes d’Asie à écumer les scènes l’année suivante. C’est lors de cette tournée que les racines de « The Magic Whip » ont commencé à germer. Une date annulée à Tokyo laisse le groupe avec plusieurs jours de libre et, au lieu de rentrer en Angleterre, les quatre compères décident d’en profiter pour jouer et composer ensemble dans un petit studio sur place. D’autant plus que Damon Albarn a sur lui des ébauches et des séquences de titres dont il ne sait pas encore quoi faire exactement.

Les bandes oubliées
Cinq jours après tout le monde rentre au bercail et les sessions enregistrées sans but précis sont oubliées. Sauf pour les fans qui avaient eu vent de la nouvelle. Mais une fois de plus, Albarn annonce un « non » ferme : cela ne présupposait pas un nouvel album, juste les retrouvailles musicales d’une bande de potes qui avaient eu plaisir à jouer et composer dans ces conditions. Mais c’était sans compter sur Graham Coxon qui, plusieurs mois plus tard, demande l’autorisation à son leader de travailler les bandes dans son coin. Histoire de passer le temps, de s’amuser… L’accord passé, il va même plus loin : il appelle à la rescousse Stephen Street, le producteur des premières années de Blur qui avait été écarté, comme lui du groupe en son temps. « The Magic Whip » a pris forme ainsi et s’est finalisé lorsque Damon Albarn, séduit par ce que les deux complices lui avaient donné à entendre, y posa sa touche, ses textes, ses idées.

Retour aux sources
C’est donc sans pleurs et sans heurts que ce dernier Blur est né. Un accouchement sans souffrances et visiblement pétri d’émotions à en croire les déclarations que Coxon et Albarn disséminent dans la presse. Vingt-six ans après la création du groupe, les membres de la genèse ont retrouvé le plaisir et l’envie. Et le résultat en est étonnamment léger, proposant un florilège des genres que les Anglais ont traversé pendant toute leur étonnante carrière. Il y a, dans ce huitième album de Blur, de la britpop à en conter des fleurs et des robes de soie, des relents de Beatles et des refrains en chœurs et en claps. Mais il y a également l’expérimental dont le groupe avait fait son virage essentiel à partir de la fin des années 1990, les strates d’ambiances, d’atmosphères, de claviers aux sons extraterrestres et de guitares incisives sans le côté brut des années 1990. Les rythmes se diversifient passant d’un chaloupé étonnant à une énergie concise selon le besoin des titres.
Il n’y a pas à douter, Blur s’est assagi. Les membres n’ont plus vingt ans. Mais la légèreté musicale n’est qu’apparence puisque les paroles de Damon Albarn cachent sous leur naïveté la sombre mélancolie à laquelle il est abonné. Les interrogations et les sentiments des quarantenaires s’y taillent une part belle sous des imageries parfois obscures.

Retour surprenant et réussi donc. Et même si les douze titres ne sonnent pas au premier abord comme des tubes planétaires évidents, il s’y niche des réjouissances diverses. Chacun y trouvera son compte sans forcément aimer celui du voisin, certaines plages se révélant même addictives. Et puis le simple fait que The Magic Whip existe est un miracle en soi.
Comme quoi, Blur trouble souvent et ne s’efface jamais.

Marjorie Risacher

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Blur – Lonesome Street

Crédit Photo : © Linda Brownlee