Vanessa Paradis. L’accord parfait

Voilà six ans que Vanessa Paradis n’avait pas sorti d’album. Le retard est d’autant plus pardonné par les fans que c’est un double album, né sous la houlette de Benjamin Biolay : Love songs. Comme l’indique le titre, les vingt chansons (à une exception près) tournent autour du thème de l’amour. Celui naissant, désabusé, contrarié, vieillissant ou incertain, peu importe, le cœur a ses raisons que les oreilles n’ignorent pas.

L’icône française s’était déjà confiée au fil des années aux bons soins musicaux de Serge Gainsbourg, Lenny Kravitz ou Matthieu Chédid. Cette fois c’est Benjamin Biolay qui a pris les rênes de ce sixième album, jouant à la fois le rôle de mentor et réalisateur, mais également de compositeur et auteur sur certains titres. Les deux artistes ne se connaissaient pourtant pas, ou peu. Ils se sont bien croisés ici ou là, mais Vanessa Paradis étant une grande partie de l’année installée à Los Angeles, elle n’a découvert que tard les œuvres du nouveau prodige français. C’est donc par le biais d’Internet que ce sont passés les premiers échanges, les premiers envois de chansons et les premières indications. Et quand ils se sont enfin réellement rencontrés pour travailler en studio, Vanessa a avoué avoir été totalement impressionnée par les capacités et le talent du jeune homme.

Benjamin Paradis et Vanessa Biolay

Il faut dire que Biolay a tout mis au service de la belle, tout et presque trop tant sa patte noie parfois la frêle chanteuse. Parce que même lorsque les titres sont signés d’autres créateurs aussi talentueux que le ludique et simple Mathieu Boogaerts, ils deviennent des objets sophistiqués dont Biolay a le secret. Love Songs n’est pas uniquement un album de Vanessa Paradis, il nous laisse sacrément le goût d’un album de Benjamin Biolay aussi.

Une pléiade de noms

Et pourtant, des noms il y en a une besace sur ce disque : Boogaerts cité plus haut, mais également Mickaël Furnon (alias Mickey3D), Adrien Gallo (BB Brunes), Marcel Kanche, Ben Ricour, François Villevieille (du groupe Elephant) pour ne citer qu’eux… Une pléiade pour presque autant de genres puisque les chansons d’amour passent des mots de rupture, de supplique, de déclaration, d’hésitation, à de vieilles rengaines fleurant bon les classiques d’antan, les sons actuels, la variété, la pop, les rythmes chaloupés, les cordes, les guitares diverses et variées. Rien n’est défini sinon le thème du cœur qui bat et ses histoires d’un instant. Et s’il l’on rajoute à cela quelques titres en anglais (dont un entièrement signé par Paradis elle-même, un autre co-composé avec Johnny Depp et leur fille Lily Rose), une reprise en italien et deux duos avec Benjamin Biolay et Carl Barât (The Libertines), on a une idée approximative de la quantité des choses à entendre.

Des chansons pour tous les goûts

Dans ce patchwork de styles et de noms, résident quelques écueils transparents, risques inévitables quand on opte pour un double album. Un choix qui s’est imposé parce qu’un autre n’avait pu se concrétiser : rejeter certaines de ces chansons pour un disque plus standard, Vanessa Paradis n’a pas su s’y résoudre. Mais il y a également des moments jolis, étonnants et délicats. Chacun y puisera ses préférences. C’est à qui défendra La Chanson des vieux cons et sa nostalgie au piano-voix, L’Au-Delà et son vieux slow aux accents tristes, Le Rempart et son côté sautillant faussement désabusé, Les Roses Roses et le parfait mélange des voix Biolay-Paradis… On a presque l’impression d’assister au concept do it yourself appliqué à vingt chansons, à une démarche qui consisterait à faire de l’auditeur le fabricant de son propre album.

Reste également qu’une des surprises réside dans la voix de Vanessa Paradis, chanteuse considérée fluette qui prouve ça et là qu’elle sait aussi chanter où on ne l’attendait pas. Elle ose le grave comme elle ne l’a jamais fait, et même si cela n’est pas toujours égal, elle convainc souvent d’une belle manière.

Marjorie Risacher

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