Benjamin Biolay, tout simplement

L’un des albums français les plus attendus de cette fin d’année a été sans conteste celui de Benjamin Biolay. Trois ans après « La Superbe », consacré depuis disque de platine, voici venue l’heure de « Vengeance ». Faisant fi de ceux qui pouvaient en attendre une suite logique, Benjamin Biolay n’a pris en compte que ses propres envies, jugeant le succès comme un épiphénomène dans sa carrière. Un sixième album, tout simplement.

On pouvait s’attendre à trouver un contenu explosif au vu du titre : « Vengeance » (donné d’ailleurs à deux chansons dans le disque). Pourtant, sous ce terme belliqueux se cache un message bien plus posé et pacifiste, proclamant l’oubli comme seule revanche. Mais le fond n’en reste pas moins sombre pour autant : la rupture, le sentiment déchu et déçu, le manque. Benjamin Biolay signe une fois de plus un album qui parle d’amour. Mais l’auteur émérite qu’il est sait faire sonner les mots quand il s’agit de parler du beau et du cruel qu’il y a à aimer à sens unique, à aimer encore ou à ne plus aimer.

Musicien avant tout

La musique de ce nouvel album, plus lumineuse, est un kaléidoscope de genres qui n’hésitent pas à s’enchaîner sans s’embarrasser. De la pop à la chanson variété, du flirt rap aux sonorités new-wave, d’un fond électro à un filigrane de vieille comédie musicale, on passe sans transition d’une ambiance à une autre avec pour seul fil rouge la voix de Biolay. Un étonnant mélange que peu d’artistes se permettent avec autant d’aisance. Mais le chanteur est avant tout musicien averti (violoniste, joueur de tuba et deux fois premier prix du conservatoire de Lyon au trombone). Les cuivres repointent d’ailleurs leurs embouchures de manière bien plus présente que d’habitude, comme si l’artiste avait ressenti le besoin de se réconcilier avec ses origines musicales.

Featuring à foison

« Vengeance » est aussi remarquable par le nombre de collaborations que Benjamin Biolay s’est offert. Pas étonnant quand on sait que bien avant de lancer sa carrière solo, il a été – et reste – l’arrangeur et le producteur d’autres musiciens. Du monde, il en croise, il en écoute, il en connait. Cette fois, pas moins de sept artistes sont venus enrichir le disque avec des duos ou jouant les chœurs. Des noms pas vraiment étonnants d’abord comme Vanessa Paradis ou Carl Barât (l’autre leader des Libertines) dont il est en charge des prochaines productions. D’autres déjà croisés avec lui ici et là comme la chanteuse australienne Julia Stone, la punk argentine Sol Sanchez ou Gena Hansen (déjà présente sur « La Superbe »). Et enfin des noms dont la présence étonne bien plus, avec Orelsan et Oxmo Puccino. Ces deux derniers étaient un vrai désir pour Biolay, consommateur de hip hop et défricheur de terrains encore non testés par ses soins. Des featurings qui, à l’instar de l’éclectisme des compositions, ne répondent qu’aux envies et aux élans, allant a contrario de toute logique marketing ou cohérence intellectualisée.

Heureux accident

Benjamin Biolay l’a dit : son succès, suite à « La Superbe », est à prendre comme une chance, un hasard, un heureux accident. Il se fiche pas mal de savoir si « Vengeance » prendra le même chemin et il ne l’attend pas vraiment. Benjamin Biolay est avant tout un homme qui aborde la quarantaine en voulant plus que jamais donner cours à ses passions. Alors il y a ses propres disques certes, mais aussi ceux des autres, le cinéma qui lui offre des rôles depuis quelques années maintenant, le rêve secret de passer à l’écriture de scénarii, la découverte et la production de jeunes chanteurs d’où qu’ils viennent. L’art sans frontière et en ébullition constante. Parce la « Vengeance » sur la vie est un plat qui se mange chaud.

Marjorie Risacher