25 Juil
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Malgré leur usage de matériaux rares ou polluants, le recours fréquent aux transports ou les desiderata de leurs acheteurs, les artisans de la branche musicale travaillent pourtant à leur transition écologique. Mais comment facture d’instrument et urgence écologique peuvent-elles accorder leurs violons ?
Face à l’urgence climatique, le vernis de l’industrie craque. Entre l’utilisation, précisément, de vernis extrêmement polluants, de bois exotiques prisés pour leurs qualités acoustiques (ébène, acajou…) accélérant les processus de déforestation et le recours à des éléments d’origine animale issus d’espèces protégées (écaille de tortue, ivoire…), les fabricants d’instruments de musique n’ont pas encore véritablement entamé leur transition écologique à grande échelle.
Si la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) règlemente, depuis 1975, le marché des espèces menacées ou en voie de disparition, notamment dans le domaine de la fabrication d’instruments, les syndicats du secteur, comme la Chambre syndicale de la facture instrumentale (CSFI), estiment l’approche contre-productive et résolument obsolète.
Avertie de l’utilité mais aussi des limites de la traçabilité des matières premières imposée par l’instance internationale, la profession – plus engagée que beaucoup dans d’autres secteurs – appelle à une prise de conscience et à une recherche d’alternatives pérennes. Mais le chemin est encore long. Malgré l’urgence, les fabricants ne veulent pas se précipiter vers des solutions à court terme à même de créer de nouveaux problèmes (instruments de mauvaise qualité, moins durables ou remplaçant une pollution par une autre).
À cet état des lieux, deux réponses semblent se détacher dans le secteur : l’une, institutionnelle et globale, l’autre, marginale et en rupture. La première, portée notamment par la CSFI, tente évidemment de repenser, de fond en comble, la manufacture d’instruments classiques sans avoir à rogner sur la qualité de son artisanat. Malgré la réticence des musiciens professionnels, certains se sont ainsi tournés vers des essences locales ou écocertifiées.
C’est le cas, par exemple, de la marque Berg Guitares utilisant du bois français et écolabellisé afin de lutter contre la déforestation et privilégier une production locale. D’autres travaillent en étroite collaboration avec des scientifiques à l’élaboration de matériaux composites de substitution, même s’ils n’ont pas encore pleinement apporté satisfaction.
De l’autre côté, quelques associations d’artisans ont déjà opté pour une solution plus radicale. Des collectifs comme Talacatak ou les Transformateurs Acoustiques fabriquent et/ou se produisent avec des instruments inédits entièrement créés à partir de déchets recyclés (cannettes, tuyaux PVC, chutes de bois et d’autres matières premières). Évidemment, si cette logique de création atypique ne se substituera jamais à la facture classique, elle offre pourtant une perspective d’avenir au secteur.
En rupture totale avec la logique consumériste, ces initiatives s’insèrent, à leur manière, au cœur de la lutte pour la durabilité portée par la CSFI. Dans le milieu associatif comme dans le monde de la facture instrumentale, l’industrie musicale pourrait bien se placer, une nouvelle fois, à l’avant-garde de la transition écologique.
Les Inrockuptibles
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