Quand la musique déborde : l’enjeu écologique et social de la pollution sonore

 

Un temps circonscrite à des questions d’urbanisme ou d’effets sur la santé, la problématique de la pollution sonore fait grésiller les enceintes de l’industrie musicale. Après la mise en application du “décret son”, les festivals sont vent debout contre la réglementation en vigueur.

Dans une étude publiée, cette année, par l’Agence européenne pour l’environnement, plus de 110 millions de personnes sur le continent souffriraient de problèmes de santé liés à la pollution sonore (majoritairement celle des transports). Un chiffre impressionnant (et sûrement sous-évalué selon l’Organisation mondiale de la santé) qui causerait la mort prématurée d’environ 66 000 personnes chaque année. De son côté, l’OMS estimait que 1,1 milliard d’adolescents et de jeunes adultes, dans le monde, sont exposés à des risques de déficience auditive à cause de l’exposition à des niveaux sonores nocifs dans certains lieux de loisirs comme les boîtes de nuit, les bars ou les festivals.

Face à cet état des lieux, le secteur de la musique a été largement impacté par l’entrée en vigueur d’un décret sur les sons amplifiés tentant de répondre à cette problématique. Élaboré conjointement par les ministères de la Santé, de la Culture et de l’Environnement “le décret son” oblige les lieux culturels, festivals ou autres manifestations musicales de maintenir le dépassement du seuil d’émergence en dessous de 3 décibels. En somme, pas plus de 3 décibels au-dessus du bruit ambiant est une tannée logistique – surtout en plein air – pour n’importe quels organisateurs d’événements. Dans cette configuration jugée intenable par divers acteurs du secteur, plusieurs mastodontes (Hellfest, We Love Green, Rock en Seine, etc.) ou des festivals de moindre envergure se retrouvent techniquement dans l’illégalité.

Accompagné par l’association Agi-Son, spécialiste de la question de la santé auditive dans le secteur de la musique live, le festival bucco-rhodanien, Marsatac, a servi de test grandeur nature pour vérifier l’applicabilité du texte de loi. Face aux retours d’Agi-Son et au mécontentement des professionnels du secteur, le gouvernement avait annoncé, en juin dernier, la constitution d’un groupe de travail interministériel qui a rendu ses premières réponses le 12 novembre.

Jusqu’alors, les organisateurs d’événements musicaux, déjà fragilisés, arguaient que le décret faisait peser une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Ces derniers s’exposaient à une amende de 45 000 euros, voire des fermetures pures et simples, si tant est que les riverains portent plainte et que la loi se range derrière eux. Ainsi, le groupe de travail, formé par des services ministériels, des professionnels du secteur musical (ingénieurs, acousticiens, etc.) et des services de contrôle, a acté que le risque de fermeture d’un festival était marginal si ce dernier produisait une étude de l’impact des nuisances sonores. D’autre part, le groupe travaille d’ores et déjà à la formulation de propositions et de solutions concrètes pour remédier à cette problématique.

De leurs côtés, certains festivals ont déjà pris les devants, tout en poursuivant leur transition écologique : limitation de la propagation des basses, murs végétalisés ou sonorisation à l’énergie solaire. Autant d’innovations – aux gains encore marginaux – qui permettent d’esquisser, sinon d’entrevoir, une issue à la problématique de pollution sonore cristallisant des tensions entre festivaliers et riverains.

En effet, outre les questions de santé publique, ce sont bel et bien les nœuds gordiens de cet écosystème où se croisent habitants, festivaliers d’un soir, groupes gouvernementaux et organisateurs de la vie culturelle des territoires de l’Hexagone qu’il faudra détricoter. Au-delà de la transition écologique et du mieux-vivre se joue une bataille culturelle qui pose une question qui dépasse le mur du son : celle de notre modèle de société et de la place du bruit (et de la musique) dans celle-ci.

 

Les Inrockuptibles